(Washington) Joe Biden a « fait savoir » à Vladimir Poutine que la Russie s’exposerait à de « fortes sanctions, entre autres économiques » en cas d’escalade militaire en Ukraine, lors du sommet virtuel mardi entre les deux hommes.

Mis à jour le 7 déc. 2021
Aurélia END avec Antoine LAMBROSCHINI à Moscou Agence France-Presse

Selon un communiqué de la Maison-Blanche, le président américain a également « exprimé la profonde préoccupation » des États-Unis et de leurs alliés face à l’accumulation de troupes russes à la frontière avec l’Ukraine.

PHOTO MAISON-BLANCHE, VIA AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette photo diffusée par la Maison Blanche montre le président américain Joe Biden (à droite), le secrétaire d’État Antony Blinken (2e à droite) et d’autres conseillers durant l’entretien avec le président russe Vladimir Poutine (à l’écran) depuis la Maison Blanche à Washington, DC, le 7 décembre. 2021.

« Les deux présidents ont chargé leurs équipes de donner suite (à l’échange) et les États-Unis le feront en étroite coordination avec leurs alliés et partenaires », a encore indiqué l’exécutif américain.

La Russie ne veut pas de l'OTAN en Ukraine

De son côté, le Kremlin a indiqué que Vladimir Poutine avait dénoncé auprès de son vis-à-vis américain le potentiel militaire croissant de l’OTAN aux frontières de la Russie lié à son soutien à l’Ukraine. À ce sujet, il a demandé des « garanties » sur le non-élargissement de l’alliance vers l’Est.

« L’OTAN fait des tentatives dangereuses d’user du territoire ukrainien et développe son potentiel militaire à nos frontières, c’est pourquoi la Russie a un intérêt sérieux à des garanties juridiques sûres excluant un élargissement de l’OTAN à l’Est », a écrit le Kremlin dans un communiqué, après un entretien « franc et professionnel » entre les présidents russe et américain.

Répondant aux menaces de sanctions américaines en cas d’opération militaire russe contre l’Ukraine, « Vladimir Poutine a répondu qu’il ne fallait pas rejeter la responsabilité sur les épaules de la Russie » étant donné le comportement de l’Alliance atlantique.

Il a aussi dénoncé « la ligne destructrice de Kiev » qui, selon lui, cherche à « démonter » les accords de Minsk de 2015, un processus de paix censé mettre fin au conflit entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine et qui est au point mort depuis des années.

« Les dirigeants se sont entendus pour demander à leurs représentants d’entamer des consultations de fond sur ces sujets sensibles », a dit la présidence russe.

Vladimir Poutine a en outre proposé mardi à Joe Biden de lever toutes les mesures de rétorsion visant les missions diplomatiques de leurs deux pays prises ces derniers mois en pleines tensions entre les États-Unis et la Russie.

Selon le Kremlin, les relations entre Moscou et Washington « ne sont pas dans un état satisfaisant ».

« La partie russe a proposé de faire table rase de toutes les restrictions accumulées concernant le fonctionnement des missions diplomatiques, ce qui pourrait permettre de normaliser d’autres aspects des relations bilatérales » russo-américaines, selon le communiqué russe.

La télévision russe avait montré un échange de politesses au début de cette vidéoconférence, filmé du point de vue de Vladimir Poutine, assis face à un écran, derrière une longue table vernie dans sa résidence de Sotchi, une station balnéaire sur la mer Noire.

La Maison-Blanche a pour sa part diffusé une photographie montrant le contrechamp : Joe Biden dans la « Situation Room », salle de crise ultra-sécurisée de la Maison-Blanche, entouré de conseillers.

L’un d’eux, son conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, doit répondre aux questions de la presse aujourd'hui à Washington.

Les États-Unis, accusés de faire cavalier seul lors du retrait d’Afghanistan et de mener certains dossiers internationaux sans trop d’égards pour leurs alliés, insistent lourdement sur leur étroite coordination avec les Européens et les Ukrainiens.

Joe Biden téléphonera d’ailleurs mardi au président français Emmanuel Macron, à la chancelière allemande Angela Merkel, et aux premiers ministres italien Mario Draghi et britannique Boris Johnson pour faire suite à son échange avec Vladimir Poutine.

Il doit également, dans les jours qui viennent, rendre compte de la conversation au président ukrainien Volodymyr Zelensky, avait annoncé l’exécutif américain lundi.

Joe Biden a redit à son homologue russe « son soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » ukrainiennes, selon la Maison-Blanche.

« Stable » et « prévisible »

L’espoir du président américain d’établir une relation « stable » et « prévisible » avec la Russie, exprimé en juin lors d’un sommet en personne entre les deux hommes à Genève, semble avoir vécu, au moins pour le moment.

Washington, l’OTAN et Kiev accusent Moscou de masser des troupes à la frontière avec l’Ukraine en vue d’attaquer le pays. Le scénario rappelle 2014 et l’annexion russe de la péninsule de Crimée, puis le déclenchement dans l’Est ukrainien d’un conflit armé qui a fait plus de 13 000 morts.

Le Kremlin dément tout projet d’invasion. Et reproche à Washington de négliger ses propres préoccupations : l’activité accrue des pays de l’OTAN en mer Noire, la volonté ukrainienne de rejoindre l’alliance atlantique et l’ambition de Kiev de s’armer auprès de l’Occident.

« La Russie n’a jamais eu l’intention d’attaquer qui que ce soit, mais nous avons des lignes rouges », avait assuré Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, avant le sommet virtuel.

Beaucoup d’observateurs, en Europe et aux États-Unis, pensent que Vladimir Poutine bluffe avec le déploiement de forces aux frontières de l’Ukraine, mais peu écartent complètement l’hypothèse d’une attaque.

Si Moscou devait passer à l’acte, un haut responsable de la Maison-Blanche avait prévenu avant le sommet de mardi que les États-Unis « répondraient favorablement » à une demande de présence militaire américaine accrue en Europe de l’Est et soutiendraient davantage l’armée ukrainienne.

Washington insiste aussi particulièrement sur la menace de sanctions économiques contre le régime russe. Et assure qu’elles seraient plus douloureuses que celles qui se sont empilées sans grand effet sur la Russie depuis 2014.

L’Union européenne est elle aussi prête à adopter des sanctions supplémentaires contre la Russie, a prévenu mardi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

La tenue de ce sommet virtuel Biden-Poutine est déjà un succès pour la Russie, qui se veut une puissance géopolitique incontournable et arrache ainsi au moins temporairement le président américain à sa grande priorité stratégique, la rivalité avec la Chine.

Cela faisait quelques semaines que le Kremlin réclamait un face-à-face entre les deux présidents.

Les deux hommes ont aussi évoqué la cybersécurité et leur « travail commun sur des sujets régionaux tels que l’Iran », selon les États-Unis.

Washington accuse Moscou de fermer les yeux sur des attaques majeures au « rançongiciel » (ransomware) contre des entreprises américaines cet été, opérées depuis son territoire.