(Paris) Médias audiovisuels et personnalités ont fustigé mardi l’utilisation de leurs images par Éric Zemmour, lors de son annonce de candidature à l’élection présidentielle, diffusée sur sa chaîne YouTube, certains menaçant le polémiste d’extrême droite de poursuites judiciaires.

Publié le 30 nov. 2021
Charlotte CAUSIT Agence France-Presse

Le réalisateur Luc Besson et l’écrivain Jacques Attali ont ainsi réagi de façon véhémente contre cet usage sans leur consentement.  

Le premier a annoncé avoir saisi son avocat « pour engager les poursuites nécessaires » après l’utilisation par Zemmour d’images de son film Jeanne d’Arc, avec Milla Jovovich, sorti en 1999.

Ces images ont été utilisées de manière « frauduleuse », a précisé le réalisateur qui « tient à faire savoir qu’il ne partage en rien les idées d’Éric Zemmour ».

Jacques Attali a adressé une mise en demeure au candidat à la présidentielle de retirer sous 24 heures son image de son montage vidéo.

« En cas de refus de votre part ou d’absence de réponse, je saisirai le juge compétent », a-t-il écrit dans une lettre à M. Zemmour, dont l’AFP a obtenu une copie.

Position également ferme du distributeur de cinéma Gaumont qui n’a reçu « aucune demande » de la part des équipes de Zemmour pour l’utilisation des images des films Un Singe en hiver et Jeanne d’Arc dont la société détient les droits. « Nous allons étudier toutes les options qui s’ouvrent à nous », a ajouté un porte-parole.

Côté médias audiovisuels, la chaîne de télévision d’information internationale France 24, a dit « s’opposer par principe à l’utilisation de ses images et de son logo dans tout clip de campagne politique ».  

« En conséquence, la chaîne va demander le retrait immédiat de ces images dans ce clip et étudiera les recours légaux s’il n’est pas donné suite à sa demande », a ajouté le média qui propose quatre chaînes mondiales d’information continue (en français, en anglais, en arabe et en espagnol).

« Courte citation »

De leur côté, France Télévisions, l’Ina et Radio France ont déclaré conjointement : « il conviendra que Éric Zemmour s’acquitte des droits des images reprises comme tout le monde ».

L’équipe du polémiste s’est défendue de ces critiques en citant le droit dit « de courte citation », dans un courriel adressé à l’AFP.  

Un juriste de la SCAM, société française de gestion des droits d’auteur, interrogé par l’AFP, a cependant balayé ces arguments : les brefs extraits ne peuvent être utilisés que dans le cadre d’un document à caractère « critique, polémique, scientifique, pédagogique, ou d’information ». Il s’agit là d’un clip promotionnel qui ne rentre a priori pas dans les critères, selon lui.

Est également posée la question du droit moral : « l’auteur d’une œuvre a le droit de dire qu’il ne faut pas qu’elle soit dénaturée, quelle que soit son utilisation », a continué le juriste.

Par ailleurs, un porte-parole de la chaîne Public Sénat a remarqué qu’il y avait cinq secondes d’images avec son logo, qui appartenaient en réalité à En Marche.  

« Nous allons faire injonction à l’équipe du candidat Zemmour de retirer notre logo », a-t-il précisé à l’AFP.

Le Parisien, quotidien qui fait également des vidéos, s’emportait lui aussi au sujet de l’utilisation de ses images qui « n’ont pas vocation à servir quelconque candidat ».

« Nous avons retiré la vidéo de notre site » (qui avait été initialement intégrée dans un article), a déclaré au sujet du clip d’Éric Zemmour, Pierre Chausse, directeur délégué de la rédaction du Parisien. « L’article en question mentionne à présent que les images ont été utilisées sans l’approbation du Parisien », a-t-il continué.

« On a fait un signalement auprès de YouTube comme on le fait habituellement quand d’autres comptes utilisent nos images sans nous l’avoir demandé », a-t-il poursuivi.  

Sollicité par l’AFP, un porte-parole de YouTube France a refusé de commenter, arguant « qu’il n’avait pas l’habitude de le faire pour les cas individuels ».

YouTube dispose d’une procédure pour retirer automatiquement des vidéos quand elles contiennent des images qui ne leur appartiennent pas.