(Paris) La France souhaite un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur l’immigration illégale dans la Manche, après le naufrage qui a coûté la vie à 27 migrants, a annoncé lundi le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Publié le 29 nov. 2021
Alice LEFEBVRE et Sylvie MALIGORNE Agence France-Presse

Il faut un « accord Union européenne et Grande-Bretagne » car « cela ne peut pas être un simple accord de réadmission de migrants sur le territoire » français, a déclaré M. Darmanin devant la presse, rejetant fermement la proposition du premier ministre britannique Boris Johnson.

« Ce que nous voulons », a-t-il insisté, « c’est un accord équilibré qui offre de réelles solutions y compris aux problèmes de la France et de l’Europe […] Nous ne voulons pas d’un accord unilatéral ».

Gérald Darmanin a annoncé que le premier ministre Jean Castex écrirait mardi à son homologue Boris Johnson pour lui proposer de travailler à l’élaboration de cet accord.

Il a par ailleurs assuré qu’il n’y aurait « pas de remise en cause » des accords du Touquet (2004), qui placent la frontière britannique côté français, ainsi que l’ont suggéré plusieurs personnalités d’opposition, en rappelant que ce texte ne concernait que l’immigration légale.

Il a également mis en garde les Britanniques contre toute velléité de remettre à la mer les migrants qui arriveraient sur leurs côtes, ce qui serait « une ligne rouge inacceptable ». « Nous n’accepterons jamais la pratique des refoulements en mer », a-t-il assuré, car « le Royaume-Uni n’est pas exonéré du droit international ».

Plus tôt lundi matin, Gérald Darmanin avait appelé le Royaume-Uni à ouvrir un « accès légal à l’immigration » et à prendre « ses responsabilités ».

Soulignant la nécessité de lutter contre les passeurs, le ministre a annoncé le doublement des effectifs de l’Office central dédié à la lutte contre l’immigration clandestine.

 8700 euros 

Ces annonces surviennent quelques jours après le pire drame qu’a connu la Manche, mercredi, dans lequel au moins 27 personnes sont mortes.  

Réunis dimanche à Calais (nord de la France) à l’invitation de Paris, les participants à une réunion européenne d’urgence sont convenus d’« améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni » face au trafic migratoire.

Étaient réunis les ministres ou responsables chargés de l’immigration français, allemand, néerlandais et belge, la Commissaire européenne aux Affaires intérieures et les directeurs des agences européennes de police criminelle Europol et des frontières Frontex, en l’absence des Britanniques, sur fond de tensions persistantes entre Londres et Paris.

À bord de fragiles embarcations, des migrants tentent désormais presque quotidiennement de rallier les côtes anglaises.

La question des traversées, sujet régulier de tensions bilatérales, est délicate pour le gouvernement conservateur britannique, qui a fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille dans la foulée du Brexit.

Le ton est encore monté la semaine dernière entre Paris et Londres, après l’annulation par la France de la participation britannique à la réunion de crise sur les migrants. Une riposte après que Boris Johnson eut publié une lettre adressée au président français sur les réseaux sociaux, dans laquelle il demande à son homologue de reprendre les immigrés arrivant en Grande-Bretagne au lendemain du drame dans la Manche.

Deux personnes ont réchappé de ce naufrage, mercredi, dont un Irakien, dont le parcours, pour illustrer le long périple des migrants, a été détaillé par le directeur central de la police aux frontières, Fernand Gontier.

Cet homme était parti de Damas (Syrie) par un vol avec « 220 autres Irakiens ». Il était arrivé « en Biélorussie, avait franchi la frontière avec la Pologne » puis, s’était arrêté en « Allemagne où il a déposé une demande d’asile ». Il a ensuite voyagé « par voie routière jusqu’en France », à « Dunkerque, où il a pu embarquer sur ce bateau qui a échoué ». En tout, a affirmé M. Gontier, ce voyage lui a coûté « 8700 euros ». Il était depuis « six jours » en France.

Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes depuis le début de l’année et 7800 avaient été sauvés. Avant le naufrage de mercredi, le bilan humain depuis janvier s’élevait à trois morts et quatre disparus.