(Genève) En pleine cinquième vague, une large majorité de Suisses ont approuvé dimanche la loi ayant permis d’instaurer le passeport COVID-19, lors d’un vote marqué par une participation très élevée au terme d’une campagne électorale houleuse.

Publié le 28 nov. 2021
Agnès PEDRERO avec Fabrice COFFRINI à Berne Agence France-Presse

Alors que la police craignait des manifestations, seuls quelques dizaines d’opposants à la loi COVID-19 se sont rassemblés devant le siège du gouvernement et du parlement à Berne, placé sous haute sécurité et entouré d’une clôture grillagée.

Le « oui » a obtenu 62 % des suffrages lors de ce référendum, selon les résultats définitifs.

« C’est un résultat très clair aussi bien en pourcentage qu’en nombre de voix. C’est à ma connaissance le plus haut résultat en nombre de voix jamais obtenu par une loi contestée par référendum. C’est un résultat extrêmement fort », a déclaré le ministre de la Santé, Alain Berset.

PHOTO PETER SCHNEIDER, KEYSTONE VIA AP

Des policiers installent une clôture autour du siège du gouvernement et du parlement à Berne.

« C’est également le seul pays au monde à ma connaissance dans lequel le peuple vote sur des éléments qui touchent à la gestion de la pandémie », a-t-il ajouté, en conférence de presse.

Le certificat COVID-19 est réservé aux personnes vaccinées ou guéries, ou ayant fait un test. Il est exigé pour entrer au restaurant ou dans un bar, mais aussi pour voir une exposition, un film ou un évènement sportif en intérieur.

Le taux de participation, d’environ 65 %, est le 4e plus élevé depuis l’introduction du suffrage féminin en 1971, dans un pays où la participation moyenne est de 46 % pour ce genre de consultation.

« Appel à l’unité »

Ce référendum, qui avait été lancé par les anti-passeport, intervient alors que le nouveau variant Omicron détecté par l’Afrique du Sud et qualifié de « préoccupant » par l’Organisation mondiale de la santé, a replongé la planète en état d’alerte.

L’ensemble des mouvements politiques, à l’exception de la droite populiste UDC, premier parti du pays, avaient appelé à soutenir la loi.

Mais la campagne s’est déroulée dans un climat général houleux inédit en Suisse, de nombreux politiciens ayant même été menacés de mort. Elle a également été marquée par de nombreuses manifestations, parfois interdites et émaillées de violences, toutefois loin de scènes d’émeutes comme celles qui se sont déroulées aux Pays-Bas ou aux Antilles françaises.

Dimanche, l’organisation contestataire « Mass-Voll » a affirmé que le résultat du vote « n’est pas légitime » en raison d’« irrégularités massives ». Elle estime que les questions sur le bulletin de vote étaient « trompeuses » et déplore que des manifestations aient été interdites.

« On parle de 40 % de la population qui est en désaccord avec la politique officielle, qui n’a plus confiance dans ses autorités… Il y a là une division de la société », a déclaré le député UDC Jean-Luc Addor, à la télévision RTS.

En réponse, le ministre de la Santé a adressé « un appel à l’unité et au respect des décisions prises ».

Omicron

Dimanche, les Suisses ont par ailleurs approuvé – à presque 61 % et à la très grande majorité des cantons - une initiative populaire sur les soins infirmiers qui demande à la Confédération de garantir une « rémunération appropriée » des prestations de soin.

Ces deux votes sont intervenus alors que la Suisse connaît une flambée des infections. Mais contrairement à d’autres pays, le gouvernement a refusé pour l’instant de durcir les mesures de lutte au plan national.

M. Berset a toutefois averti dimanche que l’apparition du variant Omicron pouvait « avoir des conséquences sur la conduite de la lutte contre la pandémie ».

Selon un sondage paru dans le SonntagsBlick, un peu plus de la moitié des personnes interrogées serait pour la vaccination obligatoire. Avec environ 65 % de la population entièrement vaccinée, la Suisse est en retard par rapport à d’autres pays d’Europe de l’Ouest.

C’est la deuxième fois en moins de six mois que la population était appelée à voter sur la loi COVID-19. En juin, les citoyens l’avaient soutenue avec 60 % des voix.

Mais la loi ayant été modifiée afin de donner plus de latitude aux autorités pour combattre la pandémie et permettre l’instauration du certificat COVID-19, les anti-passeport avaient lancé un second référendum pour contrer ce qu’ils estiment être un « apartheid sanitaire ».