(Varsovie) La Pologne a indiqué samedi que la Biélorussie voisin changeait de tactique en dirigeant désormais des petits groupes de migrants en de multiples points de la frontière orientale de l’Union européenne.

Agence France-Presse

« Nous devons nous préparer au fait que ce problème va durer pendant des mois », a déclaré le ministre polonais de la Défense, Mariusz Blaszczak, à la station de radio commerciale RMF FM.

« Désormais, une méthode légèrement différente a été adoptée par les migrants et les services biélorusses… De plus petits groupes de personnes tentent de franchir la frontière en de nombreux endroits », a affirmé le ministre.  

La veille, les autorités polonaises avaient compté 195 tentatives de passage et 82 migrants expulsés.

« Le groupe le plus conséquent était formé d’environ 200 étrangers, les autres de plusieurs dizaines. Les étrangers étaient agressifs, jetaient des pierres et utilisaient des gaz lacrymogènes », ont affirmé samedi les gardes-frontières polonais sur Twitter.

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Le président biélorusse Alexandre Loukachenko

Selon le ministre, ces attaques sont dirigées « sans aucun doute par les services biélorusses ».

De son côté, le comité des frontières de l’État biélorusse a assuré que « les efforts pour refouler violemment et brutalement les réfugiés depuis les territoires des États voisins membres de l’Union européenne continuent ».

À Varsovie, plusieurs centaines de personnes ont manifesté leur réprobation appelant à « Sauver les gens à la frontière ! » et criant que « Personne n’est clandestin ».

A Hajnowka, ville située à la frontière biélorusse, des membres du groupe « Mères à la frontière » se sont rassemblés en soutien aux droits des exilés.

Des milliers de migrants, pour la plupart des Kurdes irakiens, sont bloqués depuis des jours dans une forêt froide et humide à la frontière avec la Pologne, espérant rejoindre l’Europe occidentale.

L’Occident accuse la Biélorussie de créer artificiellement la crise en délivrant des visas pour se venger des sanctions occidentales visant le régime.  

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a reconnu vendredi qu’il était « absolument possible » que ses forces aient aidé des personnes à passer dans l’UE, mais il a nié avoir orchestré l’opération.  

« Nous sommes des Slaves. Nous avons du cœur. Nos troupes savent que les migrants vont en Allemagne… Peut-être que quelqu’un les a aidés », a-t-il déclaré. « Mais je ne les ai pas invités ici », a-t-il affirmé.  

Jeudi, la Biélorussie évoquait la présence de 7000 migrants sur son territoire.  

Environ 400 d’entre eux ont été rapatriés jeudi par avion en Irak et environ 2000 mis à l’abri dans le hangar d’un centre logistique voisin de la frontière.

Leur situation reste précaire, selon un représentant du Haut commissariat aux réfugiés en Biélorussie, Musuleu Mamo, qui a visité le centre samedi.

« Si vous me demandez si les conditions de vie y sont bonnes, je vous dirai que non », a-t-il déclaré à la presse, cité par l’agence russe RIA Novosti. Nourriture, soins, vêtements : « Il manque beaucoup de choses », a-t-il dit.

Un représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est arrivé sur place pour aider à organiser un soutien médical aux migrants, selon le ministre biélorusse de la Santé.

Le ministre des Affaires étrangères du Yémen a pour sa part indiqué qu’il travaillait au rapatriement de ses ressortissants, huit en Biélorussie et neuf côté polonais.

Vendredi, la commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, avait exigé la fin des renvois controversés de migrants par la Pologne vers la Biélorussie.  

Selon les médias polonais, au moins 11 migrants sont morts depuis le début de la crise, cet été.