(Moscou) Un procureur fédéral russe a saisi la Cour suprême pour obtenir la dissolution de l’ONG Mémorial, a annoncé jeudi cette organisation de défense des droits humains, la plus ancienne et plus importante de Russie, qui dénonce une « décision politique ».

Agence France-Presse

Cette organisation non gouvernementale indépendante est accusée d’« avoir violé de manière systématique » la loi sur les « agents de l’étranger », explique-t-elle dans un communiqué.

Fondée en 1989, Mémorial a été désignée « agent de l’étranger » par les autorités russes en 2016. Cette désignation oblige les organisations, médias ou personnes concernées à faire connaître ce statut dans toutes leurs publications, y compris sur les réseaux sociaux, et à se plier à de fastidieuses démarches administratives.

Cette désignation, qui rappelle celle d’« ennemi du peuple » à l’époque soviétique, vise dans des termes flous ceux qui reçoivent un « financement étranger » et mènent une « activité politique ».

« Nous avons affirmé à plusieurs reprises que cette loi avait été conçue dès le début comme un instrument de justice sommaire contre des organisations indépendantes et insisté pour qu’elle soit abrogée », rappelle Mémorial dans son communiqué.

Il s’agit d’une décision politique de détruire le groupe Memorial, une organisation centrée sur l’histoire des répressions politiques et la défense des droits de la personne.

Extrait d’une déclaration publiée par Mémorial

« Nous estimons qu’il n’y a aucun fondement légitime à la dissolution de Mémorial », ajoute l’ONG, engagée depuis des années dans une bataille juridique pour faire annuler cette dénomination.

Symbole de la perestroïka, Mémorial, créée par des dissidents, dont le prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, fait partie du « patrimoine du peuple russe », a réagi la militante russe des droits humains Zoïa Svetova.

« Si elle est dissoute, la Russie deviendra un État entièrement totalitaire », a-t-elle déclaré à la radio Écho de Moscou.

La Cour suprême doit examiner le recours du Parquet général le 25 novembre, selon les informations disponibles sur son site officiel.

En 2015, la Cour suprême avait refusé de dissoudre Mémorial, rejetant un recours intenté par le ministère russe de la Justice.

Les autorités russes n’ont cessé d’accentuer la pression sur les ONG, les médias indépendants et d’opposition ces derniers mois, classant la plupart d’entre eux comme « agents de l’étranger ».

Avec Associated Press