(Istamboul) Le président de Turquie Recep Tayyip Erdogan a annoncé samedi avoir ordonné l’expulsion de dix ambassadeurs, dont le représentant canadien, pour avoir demandé la libération du philanthrope Osman Kavala.

Associated Press

Les dix diplomates doivent être déclarés persona non grata en Turquie.

En plus de l’ambassadeur du Canada, les autres sont ceux des États-Unis, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, du Danemark, de la Suède, de la Finlande, de la Norvège et de la Nouvelle-Zélande.

Affaires mondiales Canada disait dimanche ne pas être au courant des intentions réelles du gouvernement turc.

« Nous sommes actuellement en contact avec d’autres missions concernées pour recueillir plus d’informations et nous cherchons également à obtenir plus de clarté de la part du gouvernement turc », a-t-il écrit dimanche à La Presse Canadienne, par courriel.

Tous ces diplomates ont publié un communiqué commun plus tôt cette semaine réclamant une résolution dans le dossier de l’homme d’affaires et philanthrope Osman Kavala, détenu depuis 2017 sans avoir été condamné pour aucun crime.

Le président Erdogan a qualifié cette sortie commune des représentants étrangers d’« impudence ».

« J’ai donné l’ordre à notre ministre des Affaires étrangères en disant : “Vous allez prendre en charge immédiatement les déclarations de persona non grata concernant ces dix ambassadeurs » », a-t-il déclaré lors d’un rassemblement partisan à Eskisehir.

Il a enchaîné en disant qu’ils vont « reconnaître, comprendre et connaître la Turquie. Le jour où ils ne connaîtront pas ou ne comprendront pas la Turquie, ils vont partir. »

Tous les diplomates visés ont été convoqués dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères mardi.

De manière générale, un diplomate qui est déclaré persona non grata est banni du pays où il est assigné.

Le communiqué à l’origine de la controverse est toujours disponible sur le fil Twitter de l’ambassade canadienne en Turquie. La publication mise en ligne lundi dernier réclame la « libération urgente » de M. Kavala.

« Les retards persistants dans son procès, notamment en fusionnant différentes affaires et en en créant de nouvelles après un précédent acquittement, jettent une ombre sur le respect de la démocratie, l’État de droit et la transparence du système judiciaire turc », dénoncent la dizaine de diplomates.

M. Kavala, 64 ans, a été acquitté l’an dernier d’accusations liées à des manifestations contre le régime Erdogan qui ont eu lieu partout dans le pays en 2013. La décision a toutefois été invalidée et de nouvelles accusations se sont ajoutées en lien avec une tentative de coup d’État survenue en 2016.

Des observateurs internationaux, de même que des groupes de défense des droits de la personne, ont plaidé à plusieurs reprises pour la libération de l’homme d’affaires ainsi que du politicien kurde Selahattin Demirtas.

Ce dernier est incarcéré depuis 2016. Tous ces gens accusent Ankara de détenir ces deux hommes pour des motifs politiques, ce que le gouvernement nie en défendant l’indépendance de ses tribunaux.

La Cour européenne des droits de l’Homme a demandé la libération de M. Kavala en 2019, déclarant que sa détention visait à le faire taire et qu’elle n’était appuyée par aucune preuve le reliant à un crime. L’Union européenne a déjà annoncé que des sanctions seraient imposées à la Turquie si le philanthrope n’est pas libéré avant la fin du mois de novembre.

Avec La Presse Canadienne