(Villepinte) Le polémiste d’extrême droite et candidat putatif pour 2022, Éric Zemmour, qui veut ôter les pouvoirs aux médias, s’est amusé mercredi à prendre pour cible des journalistes avec un fusil de précision — non chargé — lors de la visite du salon Milipol, suscitant l’indignation d’une ministre.

Agence France-Presse

« C’est horrifiant. Surtout après avoir dit sérieusement vouloir “réduire le pouvoir des médias”. Dans une démocratie, la liberté de la presse n’est pas une blague et ne doit jamais être menacée », a réagi la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa.

Elle commentait une vidéo où l’on voit Éric Zemmour essayer un fusil de tireur d'élite — destiné à une unité d’intervention de la police nationale —, puis dire aux journalistes « Ça rigole plus hein, poussez-vous, reculez ! », avant de les viser et de reposer l’arme sur le stand en riant.

La police nationale a précisé à l’AFP que la scène s’était déroulée sur le stand du fabricant, et non sur un de ceux de la police, où les visiteurs ne peuvent en aucun cas manier une arme et encore moins la pointer sur quelqu’un.  

Milipol Paris est un salon professionnel consacré à la sécurité intérieure des États, organisé à Paris les années impaires et parrainé par le Ministère français de l’Intérieur.

La ministre « est une imbécile »

« Il n’y avait pas de message politique, pas de menace », a ensuite réagi M. Zemmour auprès de la presse. « Marlène Schiappa est une imbécile, voilà ce que je lui réponds. Elle est grotesque et ridicule. Elle essaye de monter en manège une polémique grotesque », a-t-il ajouté.

« Nous avons des contre-pouvoirs qui sont devenus le pouvoir, c’est-à-dire la justice, les médias, les minorités. Nous devons enlever le pouvoir à ces contre-pouvoirs », avait déclaré le polémiste d’extrême droite lors d’une conférence aux allures d’assemblée électorale samedi à Béziers, dans le sud de la France.

Au salon Milipol de la sécurité intérieure, qui se tient à Villepinte (à 30 km au nord-est de Paris), M. Zemmour était notamment accompagné par le général Bertrand de la Chesnais, ancienne tête de liste soutenue par le parti Rassemblement national, de Marine Le Pen, aux élections municipales de 2020 à Carpentras, dans le sud de la France.

Le polémiste a jugé « intéressant de voir comment on peut protéger notre pays » contre les « guerres dissymétriques, entre un groupe qu’on appelle terroriste, moi que j’appelle djihadiste, et une armée ou une police ».

Le vice-président du parti La République en marche (du président Emmanuel Macron) à l’Assemblée nationale, Hugues Renson a jugé la « séquence inouïe ». « Un responsable politique ne joue pas ainsi », a-t-il ajouté, qualifiant Éric Zemmour de « saltimbanque ».

« Heureusement qu’il vise mal », car « on ne pointe jamais une arme sur quelqu’un, c’est un moment d’immaturité », a commenté à la chaîne d’information en continu LCI le député du parti Les Républicains Éric Woerth.  

L’eurodéputé du Rassemblement national Thierry Mariani a estimé sur la même chaine que « ceux qui menacent les journalistes c’est plutôt les islamistes […] et ce n’est pas un candidat qui a fait peut-être une mauvaise blague ».

Il a assuré que « la connaissance du terrain fera que Marine Le Pen », talonnée dans les sondages par M. Zemmour, « se retrouvera au 2e tour, même si j’observe qu’Eric Zemmour fait une bonne campagne ».

Sur le pouvoir d’achat, Éric Zemmour a affirmé qu’il ne voulait « pas tomber dans la course à l’échalote des mesures démagogiques ». Selon lui, on a « un problème de pouvoir d’achat parce qu’on s’est appauvri » et « qu’on a désindustrialisé ». Mais la « sécurité est importante aussi. Je viens là parce que c’est important », a-t-il dit au sujet de sa présence au Salon Milipol.