(Londres) Le Royaume-Uni, confronté à la flambée des prix du gaz, a dû faire tourner ses centrales à charbon ces dernières semaines pour assurer l’approvisionnement du pays en électricité, alors que le pays s’est donné pour objectif de sortir totalement du charbon thermique dès 2024.

Agence France-Presse

« Ces dernières semaines, un certain nombre de centrales au charbon ont dû fonctionner, y compris les unités de la centrale électrique de Drax », a indiqué le fournisseur d'électricité britannique Drax dans une déclaration transmise à l’AFP.

Énergie particulièrement polluante

Les centrales au charbon, particulièrement polluantes, « ont joué un rôle essentiel en maintenant les lumières allumées alors que le système énergétique est soumis à une pression considérable », a-t-elle ajouté.

Drax, qui exploite la plus grosse centrale à charbon du pays, avait prévu à l’origine d’arrêter ce combustible dès 2021 et de le remplacer par de la biomasse.

Mais l’entreprise a indiqué qu’elle pourrait prolonger l’utilisation du charbon si nécessaire, pour aider à maintenir l’équilibre du réseau électrique, soumis à rude épreuve ces dernières semaines, indique le patron de l’entreprise au Financial Times jeudi.

Cela pourrait compliquer l’engagement du gouvernement britannique de renoncer complètement au charbon d’ici octobre 2024 alors que le pays organise en novembre à Glasgow la COP26, la conférence mondiale sur le climat, et vise la neutralité carbone en 2050.

S’il y a bien eu « une augmentation de l’utilisation de l’électricité issue du charbon ce mois-ci », l’utilisation du combustible reste limitée dans le pays, relativise Tony Syme, expert de l’école de commerce de l’Université de Salford.

Et la part du charbon a déjà diminué : il a ainsi fourni « moins de 2 % de l’électricité au Royaume-Uni en 2020, contre 30 % en 2014 », précise-t-il, alors qu’il n’y a « que trois centrales au charbon pour le moment et il n’en restera qu’une à la fin de l’année prochaine, selon les plans actuels ».

Flambée des prix de l’énergie

Mais pour se débarrasser du charbon et atteindre ses objectifs environnementaux, le Royaume-Uni, qui importe selon lui la moitié du gaz qu’il consomme, doit « investir davantage dans les sources alternatives et renouvelables de production d’électricité », faute de quoi « les prix de l’énergie continueront d’augmenter ».

La flambée des prix de l’énergie concerne toute l’Europe, mais le Royaume-Uni est particulièrement sous pression à cause de sa forte dépendance au gaz naturel pour générer de l’électricité.

Les prix du gaz ont atteint la semaine dernière un record historique dans le pays, après un incendie ayant drastiquement réduit la capacité de l’interconnexion électrique avec la France.

L’hiver approchant, cette situation fait craindre de fortes hausses de prix pour les consommateurs et a déjà provoqué la faillite de plusieurs petits fournisseurs d’énergie ces dernières semaines.

Dernières en date, Avro Energy et Green Supplier, qui fournissaient 800 000 clients à elles deux, ont annoncé mercredi arrêter leur activité.  

La situation sur le marché du gaz est « sans précédent », avait indiqué mercredi le directeur du Bureau des marchés du gaz et de l'électricité (OFGEM), reconnaissant que des « centaines de milliers de consommateurs » au moins pourraient se retrouver avec un fournisseur d’électricité en faillite à l’orée de l’hiver.

L’OFGEM promet toutefois que les opérateurs défaillants seront remplacés sans interruption de service pour leurs clients.

La flambée du gaz avait entraîné il y a quelques jours l’arrêt de deux usines d’engrais appartenant au groupe américain CF Industries, qui produisent 60 % du CO2 du Royaume-Uni, faisant craindre au secteur de l’élevage et aux industries agroalimentaires de fortes pénuries.

Un accord avait été finalement conclu mardi avec le gouvernement pour redémarrer sa production de ce gaz, moyennant un soutien financier de « plusieurs millions » de livres du contribuable britannique.