(Paris) Deux prisonniers, agenouillés dans la rue. Combinaison orange. Yeux bandés. Pistolets braqués sur la tête. Au procès en appel du djihadiste Tyler Vilus à Paris, la cour d’assises spéciale a regardé sans ciller jeudi la vidéo d’une exécution publique en 2015 en Syrie, principal élément à charge contre le Français.

Alexandre MARCHAND Agence France-Presse

C’est un clip d’une minute et neuf secondes tourné en avril 2015 sur une grande artère de la ville de Shaddadi (dans l’est du pays), alors sous la coupe du groupe djihadiste État islamique (EI). Une minute et neuf secondes qui pourraient valoir à Tyler Vilus, que l’on voit sur les images, d’encourir la réclusion criminelle à perpétuité pour meurtres en bande organisée, un chef d’accusation qu’il nie.

Un « djihadiste intégral »

À la fois combattant, chef d’escouade, prosélyte en ligne, recruteur et membre de la police du groupe État islamique, selon l’accusation, ce « djihadiste intégral » de 31 ans doit répondre de crimes commis entre 2013 et 2015 en Syrie. En première instance, en 2020, il a été condamné à trente ans de prison.

Mercredi et jeudi, la cour d’assises spéciale, qui le juge depuis le début de la semaine, a décortiqué l’extrait d’une vidéo de propagande diffusée sur l’internet par l’EI et qui montre l’exécution dans la rue, devant une foule, de deux prisonniers accusés d’espionnage. La mise à mort est au ralenti, des chants religieux ont été ajoutés au montage.

Sur les images, on voit Tyler Vilus en treillis, walkie-talkie à la main, pistolet automatique à la hanche droite, à l’intérieur du périmètre de sécurité. Il se tient à proximité immédiate des deux bourreaux cagoulés. De nombreux badauds, dont des enfants, suivent la scène comme un banal spectacle de rue.

— « On voit aussi qu’il a une goupille », détaille à la barre un enquêteur, qui a analysé la vidéo plan par plan.

— « Une goupille ? » enquiert le président.

— « Pour sa ceinture explosive. »

Premier rang

Dans ce dossier reposant en grande partie sur des traces numériques, cette vidéo prouve, d’après le parquet, que Tyler Vilus était membre de la police islamique de l’EI à Shaddadi, et même participant actif à cette exécution. Lui dément toute implication et affirme s’être seulement trouvé là par hasard, à la sortie de la mosquée.

Pour la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), « Tyler Vilus ne s’est pas contenté de diligenter des enquêtes ou de procéder à des arrestations » dans son rôle au sein de la police de l’EI. « Il a également procédé à des exécutions de prisonniers », estime une enquêtrice, témoignant sous le matricule 976SI, cheffe de la section responsable du dossier de Tyler Vilus.

Une autre vidéo d’exécution publique

Pour appuyer son propos, l’accusation a fait verser avant l’audience en appel la vidéo d’une autre exécution publique en plein air, exhumée ultérieurement au procès en première instance. Tournée en 2014, l’année précédente, on y reconnaît également Tyler Vilus. Encore une fois, il se trouve à l’intérieur du périmètre de sécurité, mais un peu plus en retrait.

Le condamné à mort est cette fois un combattant de l’EI qui a vraisemblablement enfreint la charia. L’homme est traité avec davantage d’égards : plusieurs djihadistes viennent l’étreindre pour lui dire au revoir, un tapis rouge est déroulé sous ses genoux pour pouvoir emporter le corps.

La salle regarde le film. Six minutes brutes, sans montage.  

« En mai 2014 (Tyler Vilus) est déjà parmi ceux qui exécutent le combattant de l’EI, mais pour moi, très honnêtement, il ne fait pas partie du comité d’exécution » décrypte « 976SI ». « Un an après, il n’y a aucun doute : il est au premier rang, seule une personne le sépare du bourreau […] Il fait partie du comité d’exécution. »

Le verdict est attendu le mardi 21 septembre.