(Moscou) Le procès d’une des grandes figures de la contestation en Biélorussie en 2020, Maria Kolesnikova, accusée d’avoir voulu renverser le régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko, s’est ouvert mercredi à Minsk à huis clos.

Agence France-Presse

L’audience intervient au moment où la répression en Biélorussie a été remise sur le devant de la scène avec deux affaires à l’étranger : la tentative de rapatriement forcé de la sprinteuse Krystsina Tsimanouskaya aux JO de Tokyo et la mort suspecte du militant Vitali Chychov, retrouvé pendu en Ukraine.

Le procès de Maria Kolesnikova couronne également des mois d’élimination progressive de toute contestation en Biélorussie avec arrestations massives, exils forcés d’opposants et liquidation de nombre d’ONG et médias indépendants.

Emprisonnée depuis 10 mois, cette grande figure de l’opposition au président biélorusse est jugée aux côtés de son avocat, Maxime Znak. Ils risquent tous deux jusqu’à 12 ans de prison pour « complot visant à s’emparer du pouvoir » et jusqu’à sept ans de détention pour des « appels à des actions portant atteinte à la sécurité nationale ».

Maria Kolesnikova a été arrêtée en septembre après avoir résisté de manière spectaculaire à une tentative des autorités de l’expulser de son propre pays. Selon l’opposante, les services spéciaux biélorusses (KGB) l’ont enlevée, puis lui ont mis un sac sur la tête pour la conduire à la frontière ukrainienne.

Refusant de quitter son pays, elle a sauté d’une fenêtre et a déchiré son passeport, ce qui a entraîné son incarcération.

« Le pouvoir a peur »

Maria Kolesnikova est apparue mercredi, selon des images du procès diffusées par un journaliste proche du pouvoir biélorusse, habillée d’une robe noire et avec son habituel rouge à lèvres, souriante, et dansant aux côtés de Maxime Znak, tous deux dans le box des accusés.

Dans une interview avec le média d’opposition russe Dojd, publiée mercredi, elle a dénoncé les accusations la visant comme « absurdes » et preuve de « l’arbitraire » du pouvoir.

« Le pouvoir a peur d’un processus transparent, où tout le monde verra qu’en fait, le principal danger et la menace pour les Biélorusses, la Biélorussie et la sécurité nationale est le pouvoir lui-même », y dit-elle.  

Le père de Mme Kolesnikova, qui ne l’a pas vue depuis son arrestation mais qui échange avec elle par courrier, s’est de son côté exprimé dans une vidéo diffusée sur la page Facebook de l’opposante, saluant le fait qu’elle « reste fidèle à elle-même y compris dans ces conditions ».

Maria Kolesnikova et son co-accusé, Maxime Znak, ont travaillé pour Viktor Babaryko, rival du président biélorusse récemment condamné à 14 ans de prison pour fraude, une affaire qu’il dénonce comme politique.

Maria Kolesnikova et Maxime Znak faisaient partie d’un Conseil de coordination de sept membres mis sur pied après la présidentielle d’août 2020, jugée frauduleuse, pour organiser une transition pacifique du pouvoir.

Mme Kolesnikova était aussi l’une des trois femmes propulsées à la tête du mouvement de contestation, avec Svetlana Tikhanovskaïa, candidate à la présidentielle à la place de son mari emprisonné, et Veronika Tsepkalo. Ces deux dernières ont fui le pays, sous la pression des autorités.

« Macha et Maxime nous manquent tellement ! », a écrit sur Twitter Mme Tikhanovskaïa, utilisant le diminutif de Maria.

Affaires à répétition

Des milliers de manifestants et d’opposants ont été emprisonnés ou contraints à l’exil depuis l’automne 2020. Et Minsk est aussi accusé de s’en prendre à ceux qui ont fui le pays.  

Dernière affaire en date, le directeur d’une ONG aidant des opposants au régime biélorusse, Vitali Chychov, a été retrouvé pendu mardi en Ukraine. Son organisation a immédiatement accusé Minsk d’assassinat, alors que la police évoquait les pistes d’un suicide ou d’un homicide camouflé en suicide.

Dans la foulée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ordonné mercredi d’assurer la protection de militants biélorusses exilés dans son pays.

L’affaire Chychov intervient peu après un incident aux Jeux olympiques de Tokyo avec la sprinteuse biélorusse Krystsina Tsimanouskaya, menacée d’un rapatriement forcé pour avoir critiqué sa fédération sur les réseaux sociaux. Elle a dit craindre d’être emprisonnée dans son pays.

Le régime biélorusse est aussi accusé d’avoir détourné en mai un vol commercial en prétextant une alerte à la bombe afin d’arrêter le dissident et journaliste Roman Protassevitch qui se trouvait à bord.