(Lisbonne) Des centaines de personnes ont rendu un dernier hommage mercredi à Otelo Saraiva de Carvalho, décédé dimanche à 84 ans, pour son rôle de stratège dans le « mouvement des capitaines » qui a permis de renverser la dictature le 25 avril 1974 au Portugal.

Agence France-Presse

« Otelo, ami, le peuple est avec toi ! » scandait la foule qui s’était massée devant l’Académie militaire de Lisbonne d’où est sorti, sous les applaudissements, le corbillard transportant le cercueil du militaire qui sera incinéré dans un cimetière de Cascais, dans la banlieue de la capitale.

Œillets rouges à la main, symbole de la Révolution d’Avril, de nombreux Portugais regrettaient que le gouvernement n’ait pas décrété une journée de deuil national.

« Je pense qu’il le méritait, car il a joué un rôle essentiel dans la réussite de ce soulèvement militaire […] qui a amené la démocratie », confie à l’AFP José Pedro Soares, ancien prisonnier politique au moment de la Révolution. « Il a contribué à ce que les choses ne tournent pas mal », ajoute Dario Gomes, rappelant qu’il n’y avait pas eu de victimes.

Otelo de Carvalho, » cerveau militaire « de la Révolution des œillets, avait dirigé dans l’anonymat la rébellion des capitaines qui a mis fin, en une matinée, pratiquement sans effusion de sang, à plus de 40 ans de dictature sous António de Oliveira Salazar.

Personnalité controversée, il a été condamné en 1987 à 15 ans de prison pour complicité morale dans des attentats meurtriers entre 1980 et 1987, perpétrés par le mouvement clandestin FP-25, puis amnistié en 1996 après cinq années en prison.  

« L’histoire jugera » le parcours de cette personnalité « controversée », a estimé mardi le président Marcelo Rebelo de Sousa, qui s’était rendu à l’Académie militaire pour lui rendre hommage.

Selon lui, il n’y a pas eu de journée de deuil national, comme lors de la disparition d’autres militaires de premier plan liés à la Révolution, afin de « ne pas ouvrir un débat » sur le degré d’importance de ces personnalités.

« Il faut une cohérence » dans les hommages, a expliqué le premier ministre Antonio Costa, ajoutant toutefois que « l’État s’incline devant la mémoire du colonel Otelo Saraiva de Carvalho ».