(Erftstadt et Berlin) L’Europe se relevait lentement samedi des crues meurtrières des derniers jours, entamant de colossaux travaux de déblaiement et de reconstruction, malgré les bilans qui n’ont cessé de s’alourdir au fil de la journée.

Marion PAYET et Florian CAZERES Agence France-Presse

Au moins 170 personnes au total ont trouvé la mort dans ces inondations d’une rare ampleur, provoquées par des pluies diluviennes dans l’ouest du continent, selon le dernier décompte. Des dizaines d’autres sont toujours portées disparues.

En Belgique, les autorités ont fait état samedi de 27 morts lors de ces crues, qui ont également causé des dégâts au Luxembourg ainsi qu’aux Pays-Bas et en Suisse.

PHOTO PHILIPPE DESMAZES, AGENCE FRANCE-PRESSE

Rues inondées de Louhans, en France

Mais c’est l’Allemagne qui paie le plus lourd tribut, avec au moins 143 morts et des centaines de blessés, selon un nouveau bilan donné par la police samedi, alors que des sauveteurs de plusieurs pays ont accouru pour apporter leur aide.

Les habitants qui ont pu se mettre à l’abri mercredi soir, lorsque les inondations ont débuté, ont progressivement regagné leur domicile.

Face à eux, des scènes de désolation : maisons défoncées, arbres arrachés, voitures retournées, routes et ponts effondrés, réseaux coupés.

« J’ai passé toute ma vie ici, j’y suis né, et je n’ai jamais rien vu de tel », s’attriste Gregor Degen, boulanger de la petite ville d’Ahrweiler, en Rhénanie-Palatinat, défigurée par la violence des crues.

« C’est un scénario d’horreur […]. Je n’ai pas dormi depuis deux jours. Mes parents sont sans-abri maintenant », se désole Michael Kossytorz, 40 ans, lui aussi natif de la ville.

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Des résidants de Bad Neuenahr, en Allemagne, nettoient le centre-ville.

« Leur destin nous déchire le cœur », a lancé samedi le chef de l’État, Frank-Walter Steinmeier, à propos des victimes de la catastrophe, lors d’une visite à Erftstadt, ville éventrée par un glissement de terrain près de Cologne.

Tâche immense

Une polémique a toutefois éclaté peu après ce déplacement : Armin Laschet, chef du parti conservateur CDU d’Angela Merkel et candidat à sa succession au pouvoir lors des législatives du 26 septembre, a provoqué l’indignation dans le pays après avoir été filmé en train de rire lors d’une visite à des victimes. Il a dû présenter ses excuses pour ce comportement « déplacé ».

Favori des sondages, celui qui est aussi président de l’une des deux régions touchées par les intempéries – la Rhénanie-du-Nord-Westphalie – a été pris d’hilarité pendant qu’il assistait au discours d’hommage du chef de l’État.

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Des militaires examinent des véhicules prisonniers des eaux sur une route d’Erftstadt-Blessem.

La chancelière doit quant à elle se rendre dimanche sur les lieux. Elle ira dans le village de Schuld, en Rhénanie-Palatinat, qualifié de « martyr », car tout ou presque y a été détruit.

Dans toutes les localités sinistrées, pompiers, protection civile, responsables communaux, militaires ont amorcé le travail colossal de déblaiement et nettoyage des amas de débris boueux qui obstruent souvent les rues.

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Le village de Schuld, en Allemagne

Des chars militaires ont été déployés sur les routes de la ville sinistrée d’Erftstadt. Dans cette région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, 22 000 sauveteurs ont été mobilisés.

« La tâche est immense », a reconnu le maire de Solingen, une ville du sud de la Ruhr.

Les dégâts sont « si importants qu’ils nous occuperont pendant longtemps », a prévenu la dirigeante de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer.

« Sans aucun précédent »

Les responsables allemands et européens appellent dans ce contexte à redoubler d’efforts pour lutter contre le réchauffement climatique, responsable de cet épisode extrême selon eux, au même titre que la vague de chaleur dans l’ouest du continent américain.

Ces intempéries sont « sans aucun doute » les conséquences du dérèglement climatique, a dit Mark Rutte, premier ministre des Pays-Bas, également touchés, mais qui n’ont pour le moment pas enregistré de décès.

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Des sacs de dons s’entassent dans un bâtiment de la piste de course du Nürburgring, à Nürburg, dans l’ouest de l’Allemagne.

En Allemagne, les cours d’eau sont sortis brutalement de leur lit sous l’effet de pluies en forme de déluge, envahissant des dizaines de zones habitées construites souvent sur des zones inondables.

En Belgique également, à mesure que l’eau se retire, « nous allons probablement encore trouver des situations catastrophiques », a jugé la bourgmestre de Liège, Christine Defraigne.

Les habitants d’Angleur, au sud de Liège, entreposaient samedi des meubles trempés le long des trottoirs, pendant que d’autres pompaient l’eau et raclaient les flaques, maculant encore les rez-de-chaussée.

Deux personnes sont mortes dans cette localité bordée par l’Ourthe, affluent de la Meuse. Les voitures cabossées, certaines encastrées dans des murets, témoignent de la violence des intempéries.

PHOTO REMKO DE WAAL, ANP/AGENCE FRANCE-PRESSE

Vue sur la ville d’Arcen, aux Pays-Bas, où la Meuse est sortie de son lit.

« Je ne sais pas quand je pourrai rouvrir ma boutique. Ici, il n’y a toujours pas de courant et tout est à jeter », raconte John Theunis, 33 ans, gérant du salon de coiffure Studio 87, où l’eau est montée jeudi à plus d’un mètre.

Dans ce pays, le bilan est « sans aucun précédent », a affirmé le premier ministre Alexander de Croo qui a décrété une journée de deuil national mardi.

Les autorités belges restent sans nouvelles de 103 personnes, mais l’inquiétude devrait être levée pour « la plupart », qui seraient simplement « sans moyen de communication », a assuré un porte-parole du centre de crise belge.

« Nous les Européens sommes avec vous, en ce moment difficile, de tout notre cœur. Votre deuil est notre deuil », a déclaré samedi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, en visite des communes belges sinistrées, promettant l’aide de l’UE.