(Schuld et Berlin) Le bilan des inondations dévastatrices en Europe a grimpé vendredi à près de 130 morts, la plupart en Allemagne, alors que de nombreuses personnes sont portées disparues, faisant craindre une tragédie bien plus grave encore.

Jean-Philippe LACOUR et Florian CAZERES Agence France-Presse

Il s’agit de la pire catastrophe naturelle dans ce pays depuis plus d’un demi-siècle.

La Belgique voisine paie aussi un lourd tribut avec au moins 20 morts, selon le dernier bilan du gouvernement.

PHOTO FRANCISCO SECO, ASSOCIATED PRESS

Une femme monte les marches de sa maison détruite par les inondations, à Ensival, en Belgique.

« Il se pourrait que ces inondations soient les plus catastrophiques que notre pays ait jamais connues », a affirmé le premier ministre Alexander De Croo, en décrétant mardi une journée de deuil national.

Les pluies diluviennes ont en outre causé de nombreux dégâts aux Pays-Bas, au Luxembourg ou encore en Suisse.

PHOTO SEM VAN DER WAL, ANP/AFP

Vue aérienne près d’Aasterberg, aux Pays-Bas

Mais c’est l’ouest de l’Allemagne qui a été le plus affecté par les crues subites, avec à lui seul au moins 108 morts, selon le dernier bilan de vendredi soir.

« Le nombre de morts, que nous découvrons, a augmenté », a indiqué dans la soirée le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-Palatinat, Roger Lewentz, confirmant cinq nouveaux décès.

Cette région est l’une des deux plus touchées avec la Rhénanie du Nord-Westphalie voisine.

Comme à la « guerre »

« Nous vivons ici depuis plus de 20 ans et nous n’avons jamais vécu quelque chose ça, c’est comme si nous étions en guerre », a témoigné auprès de l’AFP Hans-Dieter Vrancken, 65 ans, un habitant de Schuld, village de Rhénanie-Palatinat largement détruit.

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Vue sur un quartier d’Erftstadt, dans l’ouest de l’Allemagne

De nombreuses localités de cette zone présentent une image de désolation.

Le bilan pourrait encore grimper : « Au fur et à mesure que les caves se vident ou qu’on pompe l’eau, nous ne cessons de tomber sur les corps de gens qui ont laissé leur vie dans ces flots, ce qui fait que je ne peux pas me prononcer sur le bilan final », a déploré Roger Lewentz.

Des dizaines de personnes sont encore portées disparues dans ces deux régions.

Près de Cologne, à Erftstadt, une portion de village s’est littéralement effondrée sur elle-même à la suite d’un glissement de terrain vendredi. Les images, spectaculaires, de la zone sinistrée montraient un vaste cratère béant dans lequel se déversaient des masses de terre, d’eau brune et de débris.

PHOTO RHEIN-ERFT-KREIS, RHEIN-ERFT-KREIS VIA AP

Un glissement de terrain est survenu à Erftstadt.

Les autorités ont prévenu que plusieurs personnes y avaient perdu la vie.

Ce sont surtout de petits cours d’eau, peu protégés, qui sont sortis brutalement de leur lit sous l’effet de pluies en forme de déluge, envahissant des dizaines de zones habitées construites souvent sur des zones inondables.

Seul point positif : le niveau de l’eau a commencé à redescendre vendredi.

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Une camionnette s’est écrasée contre un arbre à Bad Neuenahr-Ahrweiler, en Allemagne.

Près d’un millier de soldats ont été mobilisés pour aider aux opérations de secours et de déblaiement. Car désormais, les réparations doivent commencer : conduites de gaz ou de téléphone sont inutilisables en de nombreux endroits, des centaines de personnes sont sans abri.

À Ahrweiler, plusieurs maisons se sont effondrées. Sous les décombres, la ville donne le sentiment d’avoir été victime d’un tsunami.

« À 23 h 30, il n’y avait qu’un peu d’eau ; à 1 h du matin, tout était sous l’eau. Notre appartement, notre bureau, les maisons de nos voisins, tout était sous l’eau. En 15 minutes. C’était très rapide », a témoigné auprès de l’AFP Agron Berischa, dans le district d’Ahrweiler.

Des « milliards d’euros » de dégâts

« C’est une catastrophe unique, d’une ampleur sans précédent », assène Gerd Landsberg, directeur général de l’association allemande des villes et municipalités. « À en juger par les dégâts, des milliards d’euros sont en jeu », chiffre-t-il.

PHOTO CHRISTOF STACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un homme regarde en direction d’un pont endommagé à Bad Neuenahr-Ahrweiler.

Ces intempéries ont placé la question du réchauffement climatique au centre de la campagne électorale, qui bat son plein en Allemagne en vue du scrutin législatif du 26 septembre, au terme duquel Angela Merkel quittera le pouvoir.

Une atmosphère plus chaude retient en effet davantage d’eau et peut provoquer des précipitations d’extrême intensité. Celles-ci peuvent avoir des conséquences particulièrement dévastatrices en zone urbaine, avec des cours d’eau mal drainés et des constructions en zone inondable.

Tous les candidats rivalisent de promesses, à deux mois et demi des élections. Le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier, a exhorté, dans une déclaration solennelle, à lutter « résolument » contre le réchauffement climatique.

Angela Merkel, actuellement en visite aux États-Unis, a prévu de se rendre bientôt sur les lieux des inondations.

PHOTO BERNARD GILLET, BELGA/AFP

Vue sur une rue de Liège, en Belgique

« Ces inondations confirment ce que dit la science sur le réchauffement climatique », a dit vendredi à Dublin la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

En Belgique, une vingtaine de personnes sont toujours portées disparues et 21 000 habitants sont privés d’électricité. L’armée a été déployée dans quatre des dix provinces du pays pour participer aux secours et notamment aux nombreuses évacuations.

La situation pourrait aussi s’aggraver en Suisse, avec des risques de crues de plusieurs lacs et cours d’eau.