(Paris) Alors que la France célébrait mercredi sa fête nationale du 14 juillet, plus de 19 000 personnes, selon les autorités, ont manifesté dans le pays au nom de la « liberté » pour protester contre les annonces d’Emmanuel Macron sur le passeport sanitaire, la vaccination et la « dictature ».

Romain FONSEGRIVES Agence France-Presse

Certaines mobilisations ont commencé dans la matinée, au moment où se tenait le défilé militaire sur la célèbre avenue des Champs-Élysées, sous le regard du chef de l’État qui présidait ces festivités pour la dernière fois de son quinquennat.

PHOTO GEOFFROY VAN DER HASSELT, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Jamais dans mon corps ne rentrera le liquide de la dictature », peut-on lire sur la pancarte de cette manifestante anti-vaccin qui s’est jointe à quelques centaines de personnes protestant contre l’imposition du passeport sanitaire em France. La manifestation a eu lieu à Paris le 14 juillet en marge des célébrations de la Prise de la Bastille.

En cause : les déclarations du président lundi soir, qui a annoncé la mise en place d’une obligation de se faire vacciner pour les soignants et d’autres professions, ainsi que l’extension du passeport sanitaire à la plupart des lieux publics.

Certaines de ces mesures entreront en vigueur dès cet été, poussant de nombreux Français jusqu’ici hésitants ou méfiants à sauter le pas et à réserver des créneaux de vaccination. Depuis ces annonces, plus de 2 millions de Français ont déjà pris des rendez-vous sur Doctolib en vue de se faire vacciner, ont annoncé mercredi à l’AFP les responsables de cette plateforme.  

Une majorité de Français approuvent

Selon un sondage ELABE publié mardi, les mesures annoncées lundi par le chef de l’État sont approuvées par une majorité de Français. Une large majorité (76 %) adhèrent notamment à l’obligation de la vaccination pour les personnels soignants et d’autres professions.

C’est au nom de la « liberté » que les opposants ont de leur côté fait entendre mercredi leur mécontentement.

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En fin d’après-midi, à Paris, quelques projectiles ont été lancés par des manifestants et des gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre.

À Paris, plusieurs cortèges ont réuni, selon le ministère de l’Intérieur, 2250 personnes au plus fort des manifestations, parties des places de République et de Clichy.

En fin d’après-midi, sur le boulevard Magenta, quelques incidents se sont produits et les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le parcours déclaré n’a pas été respecté, a regretté la préfecture de police dans un tweet, déplorant des jets de projectiles  et des feux de poubelles.

« Contre la dictature », « contre le pass sanitaire », pouvait-on entendre dans les rangs de la manifestation.  

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Une femme arbore une pancarte hostile aux compagnies pharmaceutiques lors d'une manifestation à Paris contre le passeport sanitaire.

Yann Fontaine, clerc de notaire de 29 ans, est venu du Berry pour manifester à Paris. Rejetant l’étiquette de « complotiste », il a expliqué à l’AFP que le passeport sanitaire, « c’est de la ségrégation ». « Macron joue sur les peurs, c’est révoltant. Dans mon entourage, je connais des gens qui vont se faire vacciner juste pour pouvoir emmener leurs enfants au cinéma, pas pour protéger les autres de formes graves de la COVID-19 », a-t-il regretté.

« Pas des cobayes »

53 manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de France, selon le ministère de l’Intérieur.  Plusieurs autres encore sont prévues en fin de semaine.

À 18 h, le ministère recensait un peu plus de 19 000 manifestants, dont 1500 à Toulouse, 1400 à Chambéry, 1200 à Montpellier, 1200 à Bordeaux, 800 à Annecy, ou encore 800 à Nantes.

À Lyon, où 1400 personnes ont manifesté, des tensions ont éclaté dans le centre-ville.  

Un groupe d’opposants à la vaccination a aussi forcé le portail de la préfecture de Haute-Savoie à Annecy, sans commettre d’autres dégradations.

À Lille, environ 300 personnes se sont rassemblées dans l’après-midi, a constaté une journaliste de l’AFP.

« Liberté, liberté », « Non à la vaccination obligatoire », « on n’est pas des cobayes », scandait la foule, parmi laquelle quelques blouses blanches et une poignée de gilets jaunes.

Les gilets jaunes planifient plusieurs manifestations contre le passeport sanitaire.

Charlotte, la trentaine, vendeuse, manifestait pour la première fois au côté de son père qui a raconté avoir eu des problèmes de santé après un vaccin contre la méningite. « Après la discours de (Emmanuel) Macron, j’ai ressenti une grande révolte », a relaté cette mère de deux enfants, « pas une révolutionnaire dans l’âme », voyant dans le passeport sanitaire « une obligation détournée, pour ne pas employer le mot “obligatoire” ».

À la recherche de faux certificats

À Bordeaux, une mère de famille a expliqué qu’elle recherchait « des médecins résistants » pour « faire de faux vaccins » à ses deux enfants.

« Avec les vaccins, on veut nous imposer de conduire des voitures qui n’ont pas fait leur crash-test », a aussi assuré Baptiste, qui s’est présenté comme un « gilet jaune de la première heure ».

L’exploitant d’un lieu qui manquerait aux futures obligations de contrôle du passeport sanitaire sera passible d’une amende allant jusqu’à 45 000 euros (près de 67 000 dollars canadiens) et un an de prison, selon l’avant-projet de loi incorporant les nouvelles dispositions annoncées par Emmanuel Macron.