(Bruxelles) Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé lundi avoir eu un entretien « très productif et sincère » avec son homologue américain Joe Biden qu’il a rencontré pour la première fois, en marge d’un sommet de l’OTAN à Bruxelles.

Agence France-Presse

« Je dois dire que nous avons eu un entretien très productif et sincère », a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse à Bruxelles, ajoutant qu’« aucun problème dans les relations entre la Turquie et les États-Unis n’est insurmontable ».

Plusieurs sujets de désaccord entre Ankara et Washington ont distendu leurs relations : de l’achat par la Turquie du système de défense antiaérienne russe S-400 au soutien américain aux milices kurdes syriennes, en passant par le refus américain d’extrader le prédicateur Fethullah Gülen, accusé d’avoir orchestré le coup d’État de 2016 contre M. Erdogan.

En réaction à la livraison en 2019 à la Turquie de la première batterie du système de défense antiaérienne russe S-400, les États-Unis avaient exclu Ankara du programme de fabrication de l’avion furtif F-35, faisant valoir que les missiles russes pourraient en percer les secrets technologiques et étaient incompatibles avec les dispositifs de l’OTAN.

La Turquie ne cesse depuis de demander à Washington de la réintégrer à ce programme, affirmant que le déploiement des S-400 n’aurait aucun impact sur les systèmes de défense de l’OTAN.

« Au sujet des S-400, j’ai réitéré notre position au président » américain, a-t-il dit.

« Nous avons convenu d’activer nos canaux de dialogue d’une manière efficace et régulière digne de deux alliés et partenaires stratégiques et nous avons souligné la nécessité de dynamiser les mécanismes existants de coopération et de consultation régionale », a-t-il ajouté.

M. Erdogan a en outre indiqué avoir évoqué avec son homologue américain les modalités d’un éventuel maintien des forces turques présentes en Afghanistan après le retrait américain de ce pays prévu en septembre.

« Si on demande à la Turquie de quitter l’Afghanistan, un soutien américain diplomatique, logistique et financier serait très important », a-t-il dit, ajoutant être en contact sur ce dossier avec d’autres pays comme le Pakistan et la Hongrie.  

« Et évidemment il n’est pas possible d’ignorer la réalité talibane. Nous pourrions poursuivre les pourparlers avec eux par divers moyens », a poursuivi le chef d’État turc.

Les relations turco-américaines se sont détériorées depuis que Joe Biden a succédé en janvier à la Maison-Blanche à Donald Trump, allié de M. Erdogan. M. Biden a notamment reconnu le génocide arménien sous l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, suscitant la colère d’Ankara.

M. Erdogan s’est en outre entretenu à Bruxelles avec le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis au moment où les relations entre Ankara et Grèce sont traversées par de vives tensions autour de l’exploitation de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée.

M. Erdogan a indiqué avoir demandé au dirigeant grec de « ne pas impliquer des parties tierces » dans ce contentieux, une allusion à l’Union européenne qui soutient les revendications grecques.

« S’il y a un problème, vous pouvez facilement m’appeler sur la ligne directe et moi je ferai de même. Les problèmes peuvent être réglés entre les deux dirigeants », a-t-il affirmé.

À Athènes, une source gouvernementale grecque a indiqué que la rencontre entre MM. Erdogan et Mitsotakis « avait eu lieu dans un bon climat » et que « l’amélioration des relations entre les deux pays se ferait étape par étape ».

Toutefois, les deux pays voisins « continuent d’avoir de grandes différences concernant surtout la délimitation des zones maritimes » en Méditerranée orientale, a souligné cette source proche des services du premier ministre grec.