(Paris) « Ni bradés, ni soumis » : plusieurs milliers de psychologues « en colère » se sont rassemblés jeudi en France pour dire non au « travail à la chaîne » et à de récentes mesures qui « ne leur permettent plus d’écouter, d’entendre comme il faut ».

Laurence COUSTAL Agence France-Presse

Dans la ligne de mire des manifestants, des consultations de 30 minutes aux « tarifs dérisoires » de 22 euros (32 dollars canadiens) et aux « conditions de travail inadmissibles ».

Psychologues en colère

« Il est hors de question d’accepter comme ça ce qui nous est proposé, voire imposé », assure à l’AFP Garance Journeau, psychologue clinicienne à Paris, brandissant un « Vous la voyez notre colère ? » accolé à une tache d’encre à la manière du fameux test de Rorschach.  

D’autres pancartes comme « Psy axphyxiés/Patients méprisés » ou encore « Uber psy non merci » dominaient les quelque 1200 personnes, selon la police, rassemblées sous les fenêtres du ministère de la Santé à Paris.

« Les décisions sont prises sans nous consulter. Ce constat est d’autant plus incompréhensible que la crise sanitaire a mis en avant l’importance des psychologues », explique Annie Perrier-Giraud,  responsable syndicale de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP) en Aquitaine.  

La journée de grève, à l’appel de diverses associations, a mobilisé des professionnels du public et du privé dans près d’une vingtaine de villes.

« Temps limité »

« Je consacre une heure par client et c’est parfois trop court. Que voulez-vous que l’on fasse en 30 minutes ? Le patient n’a pas le temps de s’ouvrir, de parler, de pleurer, de reprendre ses esprits », explique Pauline Bonnet, trentenaire, psychologue à Capbreton (dans les Landes), qui manifestait à Bordeaux avec 150 à 200 de ses collègues.

Dénonçant elle aussi ce « temps limité », Caroline Fanciullo, cofondatrice du collectif #manifestePsy réclame de pouvoir « choisir ses outils », « un accès direct aux soins psychiques » sans prescriptions obligatoires, et « le droit au dépassement d’honoraires », le tout pour pouvoir « travailler correctement ».  

Des revendications auxquelles s’ajoutent la revalorisation des grilles indiciaires de rémunération, la création de postes supplémentaires pérennes dans les CMP et CMPP (centres médico-psychologiques ou médico-psychopédagogiques), et un plan de titularisation massif des psychologues de la fonction publique hospitalière.

Pour Moira Deny, psychologue clinicienne au centre hospitalier de Saint-Étienne, « avec la détresse générée par la pandémie, il faudrait au moins doubler le nombre de postes pour prendre en charge tout le monde ».

900 psys qui veulent être écoutés

À Lyon, ils étaient 900, selon la police, autour de banderoles comme « Et nous, qui nous écoute ? », « Non, les psys ne peuvent pas tout entendre », et pour demander au gouvernement de renoncer à de nouvelles réglementations qui, estiment-ils, « précarisent encore plus le métier ».

« Un remboursement d’une séance à hauteur de 22 euros, si on enlève les charges, cela revient à 8 euros la séance. L’État doit nous permettre le dépassement d’honoraires », fait valoir Manon Cedolin, psychologue à Marckolsheim, manifestant avec 200 autres personnes à Strasbourg.

« On n’est pas opposés dans l’idée à un remboursement, loin de là, mais il doit avoir lieu dans de bonnes conditions », explique Pierre-Fransisco Andriolo, qui exerce à Saint-Étienne, avec des séances facturées 55 euros.

« Contents de nous trouver… pas de nous payer », « Black Freud Day » ou encore « Parle à ta plante, ton psy n’a plus le temps » : les pancartes étaient nombreuses à la manifestation de Rennes, où 400 personnes ont été comptabilisées par les forces de l’ordre.

« C’est assez inédit qu’autant de psys soient dans la rue », a estimé Marie Leblanc Vernet, psychologue clinicienne de 42 ans. Elle n’est pourtant pas surprise : « Ce qui se passe est grave. Nous n’avons jamais été attaqués aussi fort ».