Dans un discours à la nation, Emmanuel Macron en a appelé, mercredi soir, à la « mobilisation de chacun », avant un retour à la vie normale

Publié le 1er avr. 2021
Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

Écoles fermées pour trois semaines, reconfinement étendu à l’ensemble du pays, aides financières renouvelées…

Dans une allocution télévisée aussi attendue qu’appréhendée, Emmanuel Macron a demandé, mercredi soir, un ultime effort aux Français afin de sortir une fois pour toutes de la crise sanitaire.

« Si je m’adresse à vous ce soir, c’est pour appeler à la mobilisation de chacun pour ce mois d’avril où beaucoup se joue », a déclaré le président de la République au début de son discours en évoquant l’« accélération » de l’épidémie de COVID-19.

Les mesures renforcées, qui ne concernaient jusqu’ici que 19 départements, seront donc élargies au reste du territoire, et ce, pour un mois. Elles concernent principalement le couvre-feu à 19 h, la fermeture des commerces non essentiels, le télétravail systématique et l’interdiction de se déplacer à plus de 10 km de chez soi.

De leur côté, les maternelles et les écoles primaires et secondaires seront fermées pour trois semaines, avant un retour progressif en classe prévu à la fin du mois d’avril.

« Je sais que cette réorganisation implique des changements profonds pour les parents d’élèves et pour les familles, mais c’est la solution la plus adaptée pour freiner le virus, tout en préservant l’éducation et donc l’avenir de nos enfants », a expliqué le chef de l’État.

Emmanuel Macron a annoncé, dans la foulée, la prolongation d’aides financières aux particuliers et aux entreprises touchés par les restrictions, à commencer par les parents qui seront obligés de rester à la maison pendant la fermeture des écoles.

Ces nouvelles mesures surviennent alors que la situation se dégrade dans les hôpitaux français, où la barre symbolique des 5000 patients en réanimation vient d’être dépassée.

La pression était de plus en plus forte pour que M. Macron tranche en faveur d’un reconfinement total. Sa stratégie de reconfiner localement n’a pas donné les fruits escomptés, le pays étant frappé de plein fouet par la troisième vague.

Aux critiques de l’opposition s’ajoutaient celles des médecins et des scientifiques, qui lui reprochaient de ne pas avoir agi plus tôt, malgré l’apparition du variant britannique, plus contagieux, et une campagne de vaccination particulièrement lente au démarrage.

Trop peu trop tard, disent les médecins

Pour certains, ce tour de vis supplémentaire vient toutefois un peu trop tard.

C’est le cas du SNUipp-FSU, syndicat national des enseignants du primaire, qui reproche au gouvernement de ne pas avoir pris en amont les décisions qui auraient pu éviter une nouvelle fermeture des écoles.

Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’on n’a rien fait en France pour empêcher cela, parce qu’on n’a rien fait pour empêcher la circulation du virus dans les écoles, parce que notre protocole n’est pas assez protecteur.

Ghislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU

Emmanuel Macron a reconnu, de son côté, avoir « commis des erreurs » dans la gestion de la crise sanitaire. Il a toutefois refusé de faire son « mea culpa » pour avoir décidé, fin janvier, de ne pas reconfiner le pays au complet, alors que près de la moitié des Français se disaient hostiles à cette option.

Sur une note plus optimiste, il a annoncé un début de retour à la normale, avec la réouverture de certains lieux de culture ainsi que des terrasses de bar et de restaurant, à partir de la mi-mai. Une lueur d’espoir, alors que la campagne de vaccination s’accélère et qu’on promet un vaccin à tous les Français qui le désirent « d’ici la fin de l’été ». Jusqu’ici, seuls 8 millions de Français ont reçu leur première dose de vaccin, soit environ 12 % de la population.

La présidentielle en vue

Cette perspective d’une sortie de crise est une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron, alors que se profile la présidentielle de 2022.

« On entre sur un terrain très miné. Parce que maintenant, chacune de ses décisions sera scrutée à la loupe », souligne Olivier Ihl, professeur de science politique à Sciences Po Grenoble.

Un sondage Odoxa, publié lundi, révèle que 61 % des Français perçoivent Emmanuel Macron comme un mauvais président, tandis que 70 % critiquent la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement.

Mais contrairement à Angela Merkel, qui ne se représente pas en Allemagne, ou à Boris Johnson, qui a encore trois ans devant lui au Royaume-Uni, le chef de l’État français n’a plus qu’un an pour faire oublier ses ratés et regagner la faveur de l’opinion.

« C’est une pression supplémentaire », conclut le politologue.

La France a enregistré 335 décès supplémentaires mardi, selon les données officielles, qui font état d’un bilan de près de 95 000 morts depuis le début de la crise sanitaire.

Avec l’Agence France-Presse