(Londres) Plonger dans la piscine, jouer au golf et retrouver ses amis dans un parc pour une tasse de thé : les Anglais ont redécouvert lundi quelques libertés, dans un nouveau pas vers un déconfinement, sous la crainte que la vague de contaminations en Europe ne franchisse la Manche.

Sylvain PEUCHMAURD
Agence France-Presse

Après avoir rouvert ses écoles le 8 mars, l’Angleterre a franchi une nouvelle étape de sortie du confinement instauré en janvier afin de lutter contre l’épidémie de coronavirus, les autres nations britanniques suivant leur propre stratégie.

Moment très symbolique après un hiver de dur confinement : l’injonction de « rester à la maison » est levée, même s’il est conseillé de continuer à travailler à domicile si possible et d’éviter les transports en commun.

PHOTO STEVE PARSONS, ASSOCIATED PRESS

L’Angleterre a entamé un déconfinement partiel. Ci-haut, des gens profitent de l’allègement des restrictions, sur une plage de Bournemouth, à 160 km au sud-ouest de Londres, le lundi 29 mars.

Prudence, a toutefois prévenu le premier ministre britannique Boris Johnson. Car si le Royaume-Uni a enregistré dimanche son plus faible nombre de nouveaux cas depuis six mois, il est selon lui « inévitable » que la « vague » qui s’abat sur l’Europe se traduise aussi au Royaume-Uni par une hausse des contaminations, hospitalisations et décès.

Il faut ainsi continuer à « bâtir notre défense contre cette vague quand elle arrivera », a-t-il poursuivi lors d’une conférence de presse, grâce à la campagne massive qui a permis d’administrer une première dose à plus de 30 millions de personnes, soit presque 60 % de la population adulte.

Si le déploiement du vaccin est « impressionnant », « nous ne savons pas exactement à quel point nos fortifications sont solides contre une autre vague », a-t-il concédé.

Rester « humble »

Les groupes de six personnes ou les membres de deux foyers différents sont désormais autorisés à se réunir, mais uniquement dehors, y compris dans les jardins privés. La pratique du tennis, du golf, du basket, de la natation ou d’autres sports de plein air peut reprendre.  

Certains n’ont pas perdu une minute et dès minuit, des amateurs de golf se sont retrouvés au club de Morley Hayes, près de Derby (centre de l’Angleterre), pour un tournoi nocturne au profit d’une association.  

D’autres ont piqué une tête au milieu des cygnes dans le lac Serpentine de Hyde Park ou dans les piscines publiques découvertes, restées fermées pendant près de trois mois.

« Nous n’avons pas nagé depuis le 5 janvier, nous sommes donc extrêmement impatients de revenir nous jeter à l’eau », a confié Jessica Walker, enroulée dans une serviette de bain aux couleurs de l’Union Jack, au bord de la piscine extérieure d’Hillington. Elle y nage d’habitude tous les jours.

Les mariages, jusqu’ici réservés à des cas exceptionnels, peuvent reprendre, avec six personnes maximum.

Pays le plus endeuillé d’Europe par la pandémie avec plus de 126 500 morts, le Royaume-Uni s’est lancé en décembre dans une course à la vaccination afin de sortir d’un confinement dévastateur pour son économie.

Aux sérums d’Oxford/AstraZeneca et de Pfizer/BioNTech, viendra s’ajouter le mois prochain un troisième vaccin, celui de l’américain Moderna.

Soucieux de protéger ses approvisionnements, sujets de tensions avec l’Union européenne, le gouvernement britannique a annoncé un accord avec le géant pharmaceutique GSK pour mettre en flacon 60 millions de doses du vaccin mis au point par l’américain Novavax à destination du Royaume-Uni.  

Le nombre de décès quotidiens dus à la COVID-19 est passé en moyenne au-dessous de 100 au Royaume-Uni, et les nouvelles contaminations oscillent autour de 5000 par jour.

Mais les assouplissements vont « inévitablement » entraîner une hausse des cas, ont reconnu les autorités sanitaires. Malgré ses espoirs, Boris Johnson n’écarte pas un nouveau confinement à l’avenir. « Nous devons rester humbles face à la nature et être prêts à faire tout ce qu’il faut pour protéger » les Britanniques, a-t-il déclaré.  

La police de Londres a rappelé dimanche que « tout grand rassemblement » restait interdit, se disant prête à intervenir rapidement pour mettre fin aux fêtes privées et raves.  

Partir en voyage à l’étranger reste par ailleurs interdit et ne sera autorisé qu’à partir du 17 mai au plus tôt.

Prochaine étape de ce processus : la réouverture très attendue des terrasses de pubs, bars et restaurants, ainsi que des commerces non essentiels comme les coiffeurs, prévue normalement pour le 12 avril.  

Le premier ministre, qui affiche depuis des semaines une tignasse blonde ébouriffée, s’est réjoui d’avance de pouvoir « enfin » arborer une nouvelle coupe et boire une bière au pub.