Frappée par une flambée des cas de COVID-19, une partie de la France est soumise, depuis samedi, à un troisième confinement. Déjà confiné les week-ends, Nice fait partie des villes concernées, et ses habitants ressentent l’épuisement d’une année difficile. Compte rendu de notre collaborateur.

ILIES HAGOUG
Collaboration spéciale

(Nice) Devant la gare de la ville, une petite cinquantaine de personnes sont réunies. Drapeaux rouges, gilets jaunes et masques bleus, ils sont venus célébrer les 150 ans de la Commune de Paris, période insurrectionnelle marquante pour la gauche française. Sans être inquiétés par les quelques agents de police qui observent le convoi.

Frédérique, comme toute bonne Française sexagénaire et communiste, est une habituée de ce type de rassemblement. Elle porte un masque N95 bien serré sous ses yeux bleus. « J’ai imprimé mon attestation de sortie », précise-t-elle.

Ce confinement, auquel doivent s’astreindre près de 21 millions de Français pour un mois, laissait initialement la possibilité à chacun de sortir de chez soi dans un périmètre de 10 kilomètres, une fois le document approprié dûment rempli. Il n’était pas le même que celui qui doit être imprimé pour sortir après le couvre-feu, qui n’est pas non plus le même que celui qui doit être présenté pour sortir du département.

Frédérique est indignée. « C’est pas n’importe quoi, sérieusement ? J’ai tout fait pour être une bonne citoyenne, mais j’ai l’impression que le gouvernement prend des décisions en lisant l’horoscope du jour. Alors aujourd’hui, j’avais prévu de manifester, et quoi qu’ils en disent, je manifeste. »

Devant les nombreuses critiques sur la complexité des mesures, le gouvernement a fait marche arrière, samedi. Côté vie pratique, l’attestation applicable entre 6 h et 19 h dans les 16 départements soumis à de nouvelles restrictions pourra être remplacée en cas de contrôle par un simple document attestant du domicile, y compris une pièce d’identité, a indiqué samedi le gouvernement.

Il ne sera plus non plus nécessaire de justifier du motif de ces déplacements jusqu’à 10 km.

L’attestation et la justification du motif du déplacement continueront d’être requises pour les déplacements de plus de 10 km. Quant à l’attestation applicable partout en France pour le couvre-feu (de 19 h jusqu’à 6 h), elle reste en vigueur.

PHOTO VALERY HACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

À Nice, la place Masséna est presque déserte maintenant que les boutiques sont fermées et que les sorties sont limitées.

Moins strict

Si ce troisième confinement apporte son lot de confusion, il est plus souple que les précédents. C’est déjà beaucoup. À l’image de leurs hôpitaux, dont les services de réanimation étaient occupés à 107 % de leur capacité la semaine dernière, les Niçois semblent à bout de souffle.

Boutiques fermées, mais dans les rues colorées de la ville, des passants : on croirait plus à un jour férié qu’à un premier jour de confinement.

À deux pas de la mer, la célèbre place Masséna est habituellement bondée lors de week-ends ensoleillés comme celui-ci. Et si elle n’est pas déserte, les boutiques contraintes de fermer et les autorisations de sortie nécessaires semblent avoir réduit le flux des personnes qui y transitent normalement.

Quelques sportifs, quelques rares touristes, dont un couple de Russes surpris de voir si peu de passants, et quelques promeneurs. Parmi eux, Robert Martinez, cheveux gris impeccablement plaqués en arrière et lunettes de soleil au-dessus du masque, a le teint hâlé typique du jeune retraité de la Côte d’Azur.

S’il se situe à l’opposé politique de la manifestation croisée plus tôt, il n’en est pas moins révolté. « J’ai de la chance, moi. J’ai une maison, un bon niveau de vie, des enfants. Mais comment les gens vont gagner leur vie ? On nous avait dit qu’au début de l’année, il y aurait le vaccin, tout irait mieux. Je vois toujours des gens au chômage, des gens qui galèrent, et aucune porte de sortie en vue. »

Malgré les mesures mises en place, les chiffres s’enflamment dans la région des Alpes-Maritimes, avec notamment une évolution des cas liés au variant britannique. Pas assez pour inquiéter Robert Martinez, droit dans ses bottes : « Honnêtement, moi, j’ai plus peur de mettre toute une génération de jeunes à la rue que de perdre nos anciens. »

PHOTO VALERY HACHE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« On nous avait dit qu’au début de l’année, il y aurait le vaccin, tout irait mieux », se désole un Niçois.

Les indicateurs sanitaires restent préoccupants à l’échelle du pays : 25 537 patients contaminés par la COVID-19 sont hospitalisés, dont 4353 en réanimation, les cas les plus graves. Et les nouveaux cas positifs quotidiens dépassent les 35 000.

La vie continue

Derrière la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption, rendue tristement célèbre il y a quelques mois après avoir été le lieu d’un violent attentat, les ruelles et les placettes forment un quartier populaire et familial. Ici, on semble vouloir suivre un quotidien presque normal.

La glissade du jardin pour enfants est prise d’assaut, pendant que les parents profitent des bancs pour se détendre et discuter. Parmi eux, Moussa Touré, immigré sénégalais de 43 ans, boit tranquillement un café, en gardant son fils du coin de l’œil. Ses grandes jambes croisées, il profite d’un repos bien mérité.

Je travaille sur des chantiers toute la semaine, et virus ou pas, il faut avancer.

Moussa Touré, immigré sénégalais vivant à Nice

Pour son fils, né en France, il espérait l’année dernière décrocher un emploi plus stable, moins dur physiquement. Il a dû, comme beaucoup, faire des choix.

« Avant, j’essayais de faire le moins de boulot au noir possible. Honnêtement, aujourd’hui, je ne me pose même pas la question, j’en fais. J’espérais mieux, mais c’est la réalité d’aujourd’hui, et certains en profitent. »

Avec l’Agence France-Presse