(Urk) « Je vais voter pour Thierry Baudet, il est contre les règles sur le coronavirus et je suis d’accord avec lui ». À Urk, petite ville très protestante des Pays-Bas, les restrictions sanitaires nourrissent la défiance envers les autorités, à l’heure où les Néerlandais élisent leurs députés.  

Pierre DONADIEU
Agence France-Presse

« Je ne fais pas du tout confiance au gouvernement actuel ! », ajoute Robert, 18 ans, qui ira voter mercredi pour le parti Forum pour la Démocratie.  

Cette formation populiste a fait sa campagne sur la lutte contre les restrictions et reçoit beaucoup de soutiens dans les manifestations anti-gouvernement aux Pays-Bas.  

Urk a chaleureusement accueilli son leader, Thierry Baudet, lors d’une visite il y a deux semaines et les autocollants à l’effigie du parti parsèment quelques panneaux sur le port.  

Dans cette municipalité de 20 000 habitants plutôt paisible, l’introduction d’un couvre-feu dans le pays avait provoqué des émeutes, fin janvier et un centre de tests COVID-19 avait même été incendié.  

La ville de pêcheurs qui compte près d’une vingtaine de clochers est connue pour son opposition historique à la vaccination. Elle est nichée au cœur de la « Bijbelgordel », la ceinture de la Bible, une expression qui désigne des localités protestantes dans le pays.  

« Urk était une île au départ et cette culture insulaire est toujours présente. Les gens veulent pouvoir faire les choses à leur façon. Ils ne veulent pas être bloqués par le gouvernement », explique à l’AFP Alwin Uitslag, révérend de l’Église réformée néerlandaise à Urk.  

« Ils décident à 200 kilomètres d’ici, à Amsterdam, Rotterdam et La Haye alors qu’ils ont des problèmes différents des nôtres. […] Qu’on nous laisse choisir notre voie », confirme Henk, un électeur, à la sortie d’un bureau de vote.  

Bastion chrétien

Sans surprise, on ne vote pas vraiment à gauche à Urk : en 2017, le Parti socialiste a fait moins de 1 % aux législatives tandis que le parti de centre droit actuellement au gouvernement a reçu 1,7 % des suffrages.  

Habituellement, ce sont les partis chrétiens qui raflent largement la mise, une tendance qui pourrait évoluer lors de ce scrutin.  

« Ici c’est traditionnellement un bastion des partis chrétiens, mais les électeurs prennent en compte les restrictions dues au coronavirus. Ils ont l’impression qu’on les empêche de travailler et du coup Forum a un écho ici », explique le révérend Alwin Uitslag.  

Pieter Op’T Hof, propriétaire d’un magasin de bricolage et fervent croyant déplore que les partis chrétiens ne se soient pas battus pour maintenir les églises ouvertes pendant la pandémie.  

« Je ne vais sûrement pas aller voter cette fois. Je vois que la persécution des chrétiens arrive aussi aux Pays-Bas, on ne peut plus faire ce que l’on veut et ce que la Bible et Dieu nous demandent de faire », regrette-t-il.  

À la sortie du supermarché local, près du port battu par un fort vent, Kobus, un retraité, est de son côté plus mesuré.  

« Je n’aime pas le fait que le coronavirus soit utilisé pour gagner des voix. C’est quelque chose de temporaire qui va durer un ou deux ans et ça ne va sûrement pas affecter mon vote. »

Le vote s’étale sur trois jours jusqu’à mercredi.  

L’actuel premier ministre libéral-conservateur Mark Rutte, au pouvoir depuis 2010, est favori pour l’emporter au niveau national.