(Londres) Très populaire, la monarchie britannique n’en est pas à sa première crise. Mais l’interview choc du prince Harry et de Meghan et leurs accusations de racisme révèlent des clivages annonçant des remises en question difficiles pour la couronne.

James PHEBY
Agence France-Presse

Les révélations du couple, surtout sur les interrogations sur la couleur de peau de leur fils, représentent un « désastre de puissance pour le Royaume-Uni » et pose la question de savoir si la monarchie « peut, ou doit, survivre à la reine », a relevé la correspondante du quotidien The Times Catherine Philp.  

Dans les sondages, l’interview-confession a eu pour l’instant peu de répercussions sur la popularité de l’institution.

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Harry et Meghan le jour de leur mariage le 19 mai 2018.

Environ un tiers des personnes interrogées par l’institut YouGov ont ainsi affirmé que leur sympathie allait principalement à la famille royale, contre seulement 22 % pour le duc et la duchesse de Sussex.

« C’est une crise pour la famille, mais cela concerne la famille royale vue comme un feuilleton. Ce n’est pas une crise de la monarchie en tant qu’institution », estime auprès de l’AFP Robert Hazell, professeur de droit constitutionnel à l’University College de Londres.  

Élizabeth II toujours populaire

Pour lui, cela le deviendrait si « les sondages montraient une baisse importante du soutien à la monarchie. »

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La reine Élizabeth II demeure extrêmement populaire au Royaume-Uni. Ce n’est pas le cas pour tous les autres membres de la famille royale.

Pour le moment, la reine Élisabeth II reste extrêmement populaire au Royaume-Uni, avec un taux d’approbation de 79 % à en faire verdir d’envie n’importe quel dirigeant du monde. L’institution millénaire reste elle aussi chère au cœur des Britanniques, dont seuls 17 % pensent que le pays se porterait mieux sans, selon un sondage Ipsos Mori réalisé cette semaine.  

Mais l’année 2020 a été extrêmement difficile pour la famille royale, avec la mise en retrait des « Sussex », mais aussi celle du prince Andrew, deuxième fils de la reine, contraint de se retirer après une interview controversée dans laquelle il défendait ses liens avec le défunt milliardaire américain Jeffrey Epstein, accusé d’avoir exploité sexuellement des mineures.

L’opinion publique est par ailleurs nettement moins favorable au prince Charles, héritier de la couronne.

L’héritier pose problème

« La reine suscite toujours une admiration mondiale et qui traverse les générations », a relevé Catherine Philp. Mais « Charles est le membre de la famille royale qui passe peut-être le plus mal en interview », a-t-elle ajouté, y voyant « potentiellement un problème bien plus important pour la monarchie que l’image d’une “Firme” anonyme et insensible ».

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Le prince Charles et son épouse Camilla.

Autre problème : l’adhésion des jeunes générations, qui ont grandi dans un environnement plus divers et se montrent beaucoup plus sensibles aux accusations de racisme.

Seuls, 29 % des 18-34 ans interrogés par Ipsos Mori pensent que le Royaume-Uni se porterait moins bien si la monarchie était abolie, 45 % estimant que cela ne changerait rien, et 19 % que le pays s’en porterait mieux.

« Lorsque la reine mourra, le prince Charles sera un monarque très âgé » (il a déjà 72 ans), ce qui « n’aura rien à voir avec la jeune reine Elizabeth en 1952 », ajoute Robert Hazell.  

« Il est fort probable que les tabloïds réaliseront alors des sondages pour savoir qui du prince Charles ou du jeune et séduisant prince William est souhaité comme roi. Cela sera difficile pour la monarchie », avertit-il.

Changer la constitution

Mais si les républicains veulent saisir l’occasion pour mettre fin à la monarchie, ils devront surmonter d’importants obstacles pour renverser cette institution qui a traversé des siècles d’intrigues et scandales, à commencer par changer la constitution.  

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La monarchie a encore de beaux jours devant elle grâce au populaire prince William, croit Robert Hazell, professeur de droit constitutionnel à l’University College de Londres.  

« Et bien que ce ne soit pas écrit, tous les commentateurs admettent qu’un changement aussi important nécessiterait un référendum », explique M. Hazell.  

Sortant à peine de cinq difficiles années de division causées par la décision de quitter l’Union européenne en 2016, le Royaume-Uni n’est sans doute pas prêt à se relancer dans un deuxième référendum sur un sujet aussi brûlant.  

Même si Charles s’avère impopulaire, « ce n’est pas une menace pour la monarchie en tant qu’institution, c’est une menace pour Charles en tant que roi », tranche le professeur, estimant que la monarchie avait encore de beaux jours devant elle grâce au populaire prince William.