(La Haye) La Russie et la Syrie ont de nouveau été confrontées à des allégations de recours à l’arme chimique au cours d’une réunion lundi des pays membres de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui a son siège à La Haye.

Agence France-Presse

Moscou a été pressé par les pays occidentaux de révéler dans la « transparence » les circonstances de l’empoisonnement de l’opposant Alexeï Navalny par un agent innervant de type Novitchok.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM D'ALEXEÏ NAVALNY VIA AFP

L’opposant russe Alexeï Navalny a été victime d'un empoisonnement en août.

Et des sanctions ont été réclamées à l’encontre de Damas, après que les enquêteurs de l’OIAC ont accusé le régime de Bachar al-Assad d’attaques au gaz sarin en 2017 en Syrie.

La Russie et la Syrie ont rejeté à de nombreuses reprises les diverses accusations, affirmant que les puissances occidentales avaient politisé le travail de l’OIAC.

La Syrie n’a pas respecté le délai de jours fixé en juillet pour révéler quelles armes ont été utilisées dans les attaques contre la localité de Lataminah et pour en déclarer les stocks existants, a dit le chef de l’OIAC Fernando Arias.

Damas « n’a satisfait à aucune des obligations » qui lui avaient été faites, a ajouté M. Arias à la réunion.

Il a souligné que des « lacunes, des incohérences et des contradictions » subsistaient dans les rapports sur la mise en œuvre par la Syrie de l’accord de 2013 dans lequel elle s’engageait à livrer toutes ses armes chimiques après une attaque présumée au sarin qui avait fait morts à Ghouta dans la banlieue de sa capitale.

PHOTO ARCHIVES REUTERS

Une attaque présumée au sarin aurait fait 1400 morts à Ghouta, en banlieue de Damas, en 2013.

La France a proposé que l’OIAC « suspende les droits » de la Syrie pour n’avoir pas tenu les délais, a déclaré l’ambassadeur français Luis Vassy, assurant que cette proposition avait le soutien de pays.

Cela signifierait que la Syrie serait privée de son droit de vote à l’OIAC, une organisation au sein de laquelle elle rejette toutes les accusations de recours à l’arme chimique depuis des années.

La Russie a de son côté été pressée de faire la lumière sur l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, dont des gouvernements occidentaux font peser la responsabilité sur le Kremlin.

L’OIAC a confirmé la présence de traces de Novitchok, un agent innervant à usage militaire mis au point à l’époque soviétique, dans des prélèvements effectués sur l’opposant russe après son hospitalisation à Berlin.

M. Arias a noté que l’organisation était toujours en pourparlers avec Moscou pour l’envoi d’une équipe d’enquêteurs en Russie.

Dans un communiqué commun, 55 pays dont les États-Unis, le Japon, le Canada, l’Australie et beaucoup de pays européens ont déclaré « condamner dans les termes les plus forts » l’attaque commise contre Alexeï Navalny.

Ils ont pressé la Russie de « dévoiler de façon rapide et transparente les circonstances de cette attaque à l’arme chimique » commise sur son territoire.

La Russie a répliqué, affirmant dans un communiqué que « la politisation » de l’OIAC était devenue « une tumeur cancéreuse ».

Elle a aussi stigmatisé le « fiasco » concernant « le soi-disant empoisonnement » de M. Navalny.

Concernant la Syrie, Moscou a critiqué la décision de 2018 d’octroyer aux enquêteurs de l’OIAC de nouvelles compétences leur permettant d’identifier les auteurs des attaques chimiques, comme ils l’ont fait dans leur rapport en avril sur les attaques au gaz sarin de 2017.

Auparavant, l’OIAC ne pouvait que confirmer si des armes chimiques avaient été utilisées ou non, mais sans dire par qui.

La Russie a accusé les puissances occidentales de « tenter d’imposer au sein de l’OIAC la décision de priver la Syrie de ses droits et privilèges », ce qui ferait de l’organisation, selon elle, une « parodie de tribunal ».

L’OIAC compte 193 membres et a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2013 pour son travail en faveur de la destruction des stocks d’armes chimiques dans le monde.