L’Organisation mondiale de la santé a annoncé à la mi-octobre que l’Europe avait enregistré près de la moitié des cas dans le monde. Face à une deuxième vague beaucoup plus importante que la première, la France a dû se reconfiner vendredi. « L’été dernier, on n’a pas beaucoup limité les voyages. On a levé un peu le couvercle de la marmite et on en paye le prix maintenant », affirme Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de l’Université de Strasbourg, en France.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Le 25 octobre dernier, la France a dépassé les 52 000 cas par jour. Au printemps dernier, le nombre de cas maximum avait été atteint le 31 mars avec 7578, soit près de sept fois moins. « La pandémie en France est bien plus sévère qu’au printemps », mentionne le DSibilia. À l’heure actuelle, la Pologne, la République tchèque et la Belgique sont les pays qui comptent le plus de lits occupés, avec 14 631, 6604 et 5924 malades respectivement.

Anna Mia Ekström, professeure clinicienne en épidémiologie des maladies au département de santé publique mondiale de l’Institut Karolinska, en Suède, explique qu’en Europe, le nombre élevé de nouveaux cas est, dans une très large mesure, une conséquence de l’augmentation du nombre de tests.

Ce qu’il faut regarder, c’est le nombre de patients en réanimation et le nombre de décès. En ce moment, on est encore très loin de la situation qu’on avait au printemps.

Anna Mia Ekström, professeure au département de santé publique mondiale de l’Institut Karolinska

En effet, le 15 avril dernier, la France avait atteint 1438 morts en une journée, contre 523 le 27 octobre.

Meilleurs traitements

Jean Sibilia signale que le faible nombre de décès s’explique en partie par le fait que les scientifiques ont réussi à mieux traiter les malades. Il souligne qu’au cours des derniers mois, on a découvert que l’oxygénation à haut débit était très utile afin d’éviter d’intuber un patient. « On arrive maintenant à avoir des séjours en réanimation nettement plus courts, et surtout on sauve près de 40 % de malades en plus. On a vraiment gagné sur le traitement des formes graves », ajoute-t-il.

Bien que le virus ait beaucoup muté ces derniers mois, aucun argument ne permet aux scientifiques de croire que ces mutations l’ont rendu plus agressif, explique le DSibilia. Lors de la pandémie de grippe espagnole de 1918, la première vague au printemps a été généralement modérée, mais une deuxième vague de grippe beaucoup plus contagieuse et mortelle a eu lieu à l’automne. Heureusement, pour la COVID-19, les symptômes et les groupes à risque sont les mêmes qu’au printemps dernier.

Elle n’est pas plus grave en sévérité, mais elle est beaucoup plus répandue.

Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de l’Université de Strasbourg

« La COVID-19 est un virus des villes et des transports, explique Jean Sibilia. Notre problème en France, tout comme en Belgique, c’est l’urbanisation intense qui nous met à haut risque de transmission. »

En ville, beaucoup de personnes se déplacent et se croisent, ce qui augmente le risque de transmission. Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, mentionne que le moteur d’une épidémie est le nombre de contacts entre les personnes et qu’il y a généralement plus de contacts en ville que dans les zones moins densément peuplées.

Le virus est également sensible aux variations climatiques. Il aime le froid, l’humidité et l’intérieur. « L’été, on est à l’extérieur, on fait des barbecues et on se promène, donc le virus se diffuse », mentionne Jean Sibilia. À l’automne, le froid et l’humidité, conjugués aux espaces intérieurs mal aérés, ont entraîné une explosion de la circulation du virus.

Le cas de la Suède

Avec généralement moins de 3000 cas et moins de 10 morts par jour depuis la mi-juillet, la Suède s’en sort plutôt bien comparativement à ses voisins européens. « Je pense que la vision du monde selon laquelle la Suède fait très peu pour arrêter la COVID-19 est un énorme malentendu », dit Anna Mia Ekström. La Suède a misé sur une approche souple face à la pandémie.

La Dre Ekström explique que la Santé publique a voulu renforcer l’acceptation et le respect des recommandations par les citoyens, plutôt que d’opter pour des sanctions.

Malgré l’absence d’amendes, les Suédois ont fortement adhéré aux recommandations des autorités sanitaires. « La situation en Suède est mieux maîtrisée que dans la plupart des autres pays d’Europe, qui connaissent une nette augmentation des cas », indique la Dre Ekström.

Le pari de la ventilation en Allemagne

Le gouvernement allemand a investi l’équivalent de 775 millions de dollars canadiens dans l’amélioration des systèmes de ventilation des bâtiments publics. La ventilation réduit le risque de transmission du SARS-CoV-2 par les aérosols. C’est un des moyens les moins coûteux et les plus efficaces pour prévenir la transmission du virus, a mentionné la chancelière allemande, Angela Merkel.

Les ministres de l’Éducation des différents États allemands ont souligné l’importance d’aérer les classes toutes les 15 à 20 minutes, pendant 5 minutes au printemps et à l’automne et 3 minutes en hiver. C’est une technique déjà largement répandue en Allemagne où il est conseillé d’ouvrir les fenêtres de sa demeure matin et soir pendant au moins 5 minutes pour permettre à l’air de circuler.

Les pays européens les plus touchés

(nombre de cas pour 100 000 habitants)

1- République tchèque (62)

2- France (61)

3- Roumanie (57)

4- Belgique (51)

5- Pologne (39)