(Nice) Quelque 7000 membres des forces de l’ordre, dont pour moitié des gendarmes réservistes, seront mis dès lundi à disposition des préfets pour assurer la sécurité, a annoncé vendredi le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin au lendemain de l’attaque au couteau de Nice.

Olivier LUCAZEAU avec Murielle KASPRZAK à Paris
Agence France-Presse

« Le conseil de défense a décidé de l’augmentation de notre posture de vigilance », a déclaré M. Darmanin à l’issue de sa réunion autour d’Emmanuel Macron.

« Ce sera 3500 gendarmes réservistes rappelés, qui à partir de lundi seront à la disposition du corps préfectoral, mais aussi 3500 policiers et gendarmes mobiles, qui seront à disposition des préfets », a-t-il ajouté.

Le renforcement des mesures de sécurité autour des lieux de cultes chrétiens sera « fort » en ce week-end de la Toussaint, a également déclaré le ministre.

M. Darmanin a en outre annoncé l’envoi de 120 policiers à Nice, où trois personnes sont mortes, dont au moins deux égorgées, à l’intérieur de la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption.

Quant aux établissements scolaires, « dans un moment de crise COVID mais également de crise de menaces terroristes, ils seront particulièrement protégés ». Des « consignes seront données en ce sens, évidemment », selon le ministre.

Des bougies brillaient et les gerbes de fleurs ne cessaient d’arriver, vendredi matin devant la basilique Notre-Dame de l’Assomption, là où trois personnes – deux femmes et un homme – ont perdu la vie jeudi.

PHOTO VALERY HACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Si Philippe Asso, le chanoine de la basilique, a répété à l’occasion l’importance du « pardon », le maire Christian Estrosi a lui fait part de sa « colère », au micro d’Europe 1, renouvelant son appel à « modifier la Constitution » pour pouvoir « mener la guerre » contre une idéologie qu’il qualifie d’« islamo-fascisme ».

« Si on nous impose aujourd’hui de respecter des points de la Constitution qui ne sont pas adaptés à pouvoir mener la guerre en respectant la Constitution, et bien il faut modifier la Constitution », a insisté l’élu tandis qu’Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, a appelé sur Cnews à la création d’« un Guantanamo à la Française ».

« Guerre »

Utilisant lui aussi le terme de « guerre », sur RTL, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a cependant tenu à préciser que « nous ne sommes pas en guerre contre une religion mais contre une idéologie, l’idéologie islamiste ».

Cette attaque a de nouveau mis la France sous le choc moins de deux semaines après la décapitation d’un professeur de collège des Yvelines, Samuel Paty, qui avait montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet.

M. Macron avait alors promis que la France ne renoncerait pas à ces dessins, provoquant une crise avec le monde musulman, où ont eu lieu des manifestations et appels au boycottage des produits français.

Après l’attentat de Nice, les messages de soutien à la France sont venus du monde entier, des États-Unis au Moyen-Orient, de l’Europe à l’ONU.

L’enquête autour du drame de jeudi a elle avancé.

Un homme de 47 ans, soupçonné d’avoir été en contact avec l’agresseur, a ainsi été interpellé et placé en garde à vue jeudi soir, a-t-on appris de source judiciaire, confirmant une information du quotidien Nice-matin.

Deux téléphones à faire parler

Quant à l’assaillant, un certain Brahim A., selon un document de la Croix-Rouge italienne retrouvé sur lui, il est toujours entre la vie et la mort à l’hôpital Pasteur de Nice, où des mesures de sécurité renforcées ont été prises après des appels à ne pas le soigner.

Si son parcours jusqu’à Nice reste à clarifier, on sait désormais qu’il est arrivé d’Italie, où il avait débarqué sur l’île de Lampedusa le 20 septembre, avant d’être enregistré à Bari début octobre.

Mais ses éventuels complices et son trajet exact jusqu’à son entrée jeudi matin dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption, à 8 h 29 exactement, pourrait être éclairé par les données des deux téléphones portables retrouvés près de lui, avec un coran, après sa neutralisation par une équipe de la police municipale de Nice, à 8 h 57.

Le portrait de ses victimes lui aussi émerge peu à peu.

Vincent Loquès, le sacristain de la basilique, était un laïc d’une cinquantaine d’années, divorcé et père de deux filles.

PHOTO ERIC GAILLARD, REUTERS

Une photo du sacristain Vincent Loques a été placée devant la basilique Notre-Dame.

Parmi les deux autres victimes figure une femme de 44 ans, de nationalité brésilienne, mère de trois enfants et résidant en France, comme l’a annoncé le ministère brésilien des Affaires étrangères. C’est elle qui a peut-être permis de mettre fin au drame jeudi en réussissant à s’enfuir de la basilique, avant de mourir dans un café voisin où elle s’était réfugiée.

Peu d’informations en revanche sur la troisième victime, une femme de 60 ans décédée après « un égorgement très profond de l’ordre d’une décapitation », selon les termes de Jean-François Ricard, le procureur national antiterroriste. Habituée de la paroisse, touriste de passage ? Rien n’a encore filtré sur elle.

À Nice, une ville qui compte une forte communauté originaire du Maghreb, les sentiments sont partagés. De la colère voire de la haine, chez ces quelque 200 identitaires qui ont manifesté dès jeudi soir, en partant de la basilique, aux cris de « l’islam dehors ». De la peur, comme chez cette jeune écolière, Myriam d’Aléo – mère marocaine, père italien, musulmane mais non pratiquante – selon qui « les musulmans vont se faire lyncher sur les réseaux sociaux ».

Mais aussi des appels à la tolérance comme celui de Virginie, aide à domicile de 37 ans : « Ça rappelle 2016 et le 14 juillet, mais il faut rester intelligent ».