(Moscou) Le président russe Vladimir Poutine a dit jeudi ne pas envisager de confinement national pour son pays, malgré la forte hausse des cas de COVID-19 et des décès liés au coronavirus en Russie ces dernières semaines.

Maria PANINA
Agence France-Presse

Cette annonce intervient alors que la France, qui redoute la saturation de ses services de réanimation, se met au reconfinement général dès vendredi et qu’un durcissement imminent a été décidé par l’Allemagne face à une deuxième vague de la pandémie touchant de nombreux pays.

« Nous comprenons parfaitement comment il faut agir et c’est pourquoi nous n’allons pas mettre en place des mesures totalement restrictives, et instaurer un soi-disant confinement national sous lequel l’économie et les activités commerciales sont pratiquement à l’arrêt », a assuré Vladimir Poutine lors d’un forum d’investissement en visioconférence.

« Malgré une situation épidémiologique difficile, nous sommes nettement mieux préparés à travailler dans les conditions posées par cette épidémie », a ajouté le président russe, citant les capacités du pays à mobiliser son système de santé et la mise en place de mesures de prévention.

Selon lui, en cas de nécessité, des mesures « ciblées et justifiées » pourraient être prises indépendamment dans des régions ou des villes « pour protéger au maximum la sécurité des gens », tout en maintenant « les activités des entreprises ».

Situation « critique »

La Russie, qui a connu une importante résurgence de l’épidémie ces dernières semaines, a enregistré jeudi 17 717 nouveaux cas de coronavirus et 366 décès, un record.

Le pays est à la quatrième place dans le monde en nombre de cas enregistrés, avec un total de 1 581 693 infections et 27 301 morts.

Certaines régions du vaste pays sont confrontées à une hausse très rapide des cas et demandent une « attention particulière », a reconnu M. Poutine.

Plus tôt dans la journée, le gouvernement russe avait annoncé l’octroi de 11 milliards de roubles (environ 185,5 millions $ CAN) d’aide pour ces régions, notamment pour l’achat de moyens de protection individuelle et de systèmes de dépistage.

Mercredi, la vice-première ministre russe, Tatiana Golikova, chargée de la santé, a jugé la situation « critique » dans 16 régions russes, en expliquant que plus de 90 % des lits d’hôpitaux destinés aux patients infectés à la COVID-19 y étaient occupés.

Ces derniers jours, les informations faisant état de files d’attente d’ambulances près des hôpitaux régionaux, de manque de médicaments ou encore de patients obligés d’apporter leurs propres lits pour pouvoir être hospitalisés se sont multipliés dans les médias russes.

« Écroulement » du système de santé

Ainsi, à Omsk (Sibérie occidentale), trois ambulances n’ayant pu trouver pendant 10 heures une place pour leurs patients dans les hôpitaux de la ville, se sont garées devant le ministère régional de la santé, en actionnant leurs sirènes pour tirer la sonnette d’alarme, selon un site d’information local.  

À Lipetsk, dans l’ouest de la Russie, des patients se sont vus proposer d’apporter leurs propres lits pliants pour ne pas être hospitalisés sur des chaises, selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux par des témoins.

Le manque de personnel médical pour traiter les patients infectés au coronavirus a également été constaté à travers le pays.

En Crimée, péninsule annexée en 2014 par la Russie où beaucoup de Russes ont passé leurs vacances d’été faute de pouvoir se rendre en Europe, une flambée de nouvelles contaminations a été enregistrée plus tôt que dans la plupart des autres régions.

Début septembre, la Crimée manquait ainsi de 600 médecins, selon les autorités locales.

À Kourgan, dans l’Oural, des médecins ont écrit la semaine dernière une lettre à Vladimir Poutine, dénonçant un « écroulement » du système de santé régional et appelant à dépêcher dans la région des médecins militaires « avant que les gens ne commencent à mourir en pleine rue ».

Mercredi, une vingtaine de médecins ont été dépêchés de Moscou à Kourgan.