(Londres) La surmortalité liée à la pandémie de nouveau coronavirus au sein des minorités au Royaume-Uni résulte de « décennies de discriminations », dénonce mardi un rapport qui déplore l’inaction du gouvernement pour les protéger.

Agence France-Presse

Plusieurs études ont montré que les personnes noires, asiatiques ou d’autres minorités ethniques habitant au Royaume-Uni ont bien plus de risques de mourir du nouveau coronavirus que la moyenne, pointant notamment le rôle de facteurs socio-économiques.

Les répercussions de la pandémie sur ces populations sont « la conséquence de décennies d’injustice structurelle, d’inégalité et de discrimination qui ravagent notre société », a conclu Doreen Lawrence, membre de la chambre des Lords, dans un rapport réalisé à la demande de l’opposition travailliste.

Les Noirs, les Asiatiques et les minorités ethniques sont plus susceptibles d’occuper des emplois exposés au virus, « plus susceptibles de présenter des comorbidités qui augmentent le risque de maladie grave et plus susceptibles de se heurter à des obstacles pour accéder aux soins de santé », énumère le nouveau rapport. Ils ont aussi été la cible d’un « racisme honteux », « certains cherchant à accuser différentes communautés de la propagation du virus ».

« Les Noirs, les Asiatiques et les minorités ethniques ont été surexposés, sous-protégés, stigmatisés et négligés au cours de cette pandémie », estime Mme Lawrence.

Membre de la chambre des Lords, elle est engagée auprès des jeunes défavorisés depuis le meurtre raciste en 1993 de son fils Stephen, alors âgé de 18 ans, qui avait entraîné un examen de conscience sur le sujet au Royaume-Uni.

« Risque accru »

Son rapport est publié alors que le pays, le plus endeuillé en Europe avec plus de 45 000 morts, subit une violente deuxième vague de la pandémie. Le bilan quotidien publié mardi (367 morts) est le plus élevé depuis fin mai. Dans son rapport hebdomadaire, le bureau des statistiques constate une hausse de plus de 50 % des décès liés à la maladie COVID-19 la semaine finissant le 16 octobre.

Cette résurgence est particulièrement virulente dans le nord de l’Angleterre, région défavorisée à la forte diversité, où le mécontentement monte face aux restrictions qui se durcissent depuis des semaines, avec un fort coût économique et sans progrès en vue.

Mme Lawrence appelle le gouvernement conservateur à agir pour réduire ces prochains mois l’impact disproportionné de la pandémie sur ces populations.

Elle estime que les employeurs devraient être légalement tenus de publier leurs évaluations des risques de COVID-19 sur un portail du gouvernement et de fournir des équipements de protection à leurs employés.

Le gouvernement devrait aussi suspendre la règle qui empêche certains migrants d’accéder à l’aide de l’État, et, à plus long terme, supprimer les obstacles à l’accès aux services et aux informations de santé, recommande-t-elle.

Un porte-parole du gouvernement a souligné qu’« une série de facteurs font que différents groupes courent un risque accru d’infection et de décès par COVID-19 ».

« Pour cette raison, nous devons veiller à identifier les causes profondes des disparités que nous constatons et ne pas supposer qu’elles sont des preuves de discrimination ou de traitement injuste dans les services publics comme le NHS », le service public de santé, a-t-il ajouté.