(Madrid) Le « nombre réel » de personnes infectées par la COVID-19 en Espagne depuis le début de la pandémie « dépasse les trois millions », a affirmé vendredi le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez.

Agence France-Presse

« La situation est grave », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée au cours de laquelle il n’a pas annoncé de nouvelle mesure et qui semblait surtout destinée à préparer les Espagnols à de nouvelles restrictions à venir prochainement, lorsque les régions, qui ont les prérogatives en matière de santé publique, se seront mises d’accord avec le gouvernement central.

M. Sanchez a rappelé que l’Espagne avait officiellement dépassé cette semaine le cap du million de cas de nouveau coronavirus.

Mais il a ajouté que « le nombre réel de personnes infectées [dépassait] déjà les trois millions de nos compatriotes », expliquant cette énorme différence par le fait que la proportion de personnes positives détectées était très faible au début de la pandémie.

« Nous détectons maintenant la majorité des cas, environ 70 % », a-t-il dit, contre à peine 10 % lors de la première vague.

Dans les heures qui ont précédé cette allocution, les présidents de plusieurs des 17 régions autonomes du pays avaient annoncé de nouvelles restrictions ou appelé le gouvernement central à imposer le couvre-feu, à l’image ce qui a été fait dans plusieurs pays européens, comme la Belgique ou la France.

Les autorités régionales de Madrid ont ainsi annoncé l’interdiction à partir de samedi des réunions entre minuit et 6 h du matin.

L’objectif est d’imposer une « réduction drastique de l’activité sociale », a déclaré le responsable de la santé au sein du gouvernement régional de Madrid, Enrique Ruiz Escudero.

Bars et restaurants devront fermer à minuit et n’auront plus le droit d’accepter de clients après 23 h.

Cette annonce est intervenue alors que l’état d’alerte, une mesure d’exception qui s’assimile à un état d’urgence sanitaire, prendra fin samedi après-midi à Madrid et dans huit localités limitrophes.

La mesure avait été décrétée il y a deux semaines par le gouvernement central pour permettre le bouclage partiel de la capitale, malgré les objections du gouvernement régional, dirigé par l’opposition de droite.

Pour sa part, le président de la région de Castille-et-Leon (nord) n’a pas attendu le gouvernement central pour annoncer qu’il imposerait un couvre-feu à ses administrés à partir de ce week-end, alors que le président de la région de Valence indiquait qu’il ferait de même dans les prochains jours.

Le gouvernement central n’est pas opposé à un couvre-feu, mais estime que ce régime d’exception nécessite, sur le plan légal, la proclamation préalable d’un état d’alerte et demande pour cela l’accord de toutes les régions, qu’il n’a pas encore.

L’air sombre, M. Sanchez a appelé ses compatriotes à faire preuve de « détermination », de « la plus grande discipline sociale » et de « la nécessaire unité » pour « inverser la courbe » des infections.

« La situation n’est pas comparable avec celle du 14 mars, quand nous avions été contraints de décréter un confinement », l’un des plus stricts du monde, a-t-il dit, ajoutant qu’il voulait éviter un nouveau confinement « en raison de ses conséquences sur notre vie sociale et de son impact économique ».

L’Espagne, l’un des pays les plus durement frappés par la pandémie, est devenue mercredi le sixième pays à franchir officiellement le million de cas de COVID-19 et a enregistré près de 35 000 décès.