(Paris) Rideaux de fer tirés, chaises des brasseries empilées, cyclistes et piétons pressant la cadence vers chez eux… Dans un ballet simultané, les Parisiens sont rentrés samedi à 21 h pour leur première soirée de couvre-feu.

Daphné ROUSSEAU Agence France-Presse

Après un dernier sursaut d’activité, les rues se sont figées progressivement dans le silence. Vides, comme pendant le confinement de presque deux mois ordonné par les autorités françaises au printemps pour lutter contre la première vague de la pandémie de COVID-19. Vides, parce que la deuxième vague de l’épidémie contamine désormais plus de 32 000 personnes par jour dans le pays, selon les chiffres officiels.

Paris n’avait pas connu de couvre-feu depuis 1961, lorsqu’il avait été décrété — dans un tout autre contexte — pour les Français musulmans d’Algérie.

Il est 22 h, mais il pourrait être 5 h du matin. Dans le Quartier latin, un des repaires favoris des étudiants et des touristes dans la capitale d’avant le coronavirus, les rues ont été désertées en moins d’une heure.  

« C’est parlant. Il est 21 h et il n’y n’a plus personne. La situation est quasi propre », se félicite le commissaire de police Patrick Caron, qui veille au respect des nouvelles règles.  

PHOTO ABDULMONAM EASSA, AGENCE FRANCE-PRESSE

À Paris, 1350 policiers et gendarmes ont été ajoutés pour faire appliquer les nouvelles règles.  

Pour freiner la propagation du virus, les habitants d’une dizaine de grandes villes françaises, dont Paris et sa banlieue — 20 millions de personnes au total —, sont soumis depuis samedi à un couvre-feu de 21 h à 6 h pour au moins quatre semaines.  

Les autorités ont déployé un renfort de 1350 policiers et gendarmes pour faire appliquer le nouveau dispositif dans la région de la capitale.  

« Ma fille est à l’hôpital »

Les équipes du commissaire Caron commencent leur patrouille aux abords des restaurants et cafés autour du jardin du Luxembourg, près de l’Université de la Sorbonne.  

« Ce n’est plus le moment de la pédagogie, mais de la sanction. En cas d’infraction, c’est une amende de 4e classe à 135 euros (208 dollars canadiens) et le risque d’une fermeture administrative », avertit le commissaire.

Ce soir, son équipe est restée bredouille. Rapidement, les conversations entre ses hommes tournent autour de cette vision d’un Paris quasiment à l’arrêt. Pas le moindre commerce ouvert, si ce n’est pour les quelques établissements autorisés à faire de la vente à emporter.

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Peu de passagers utilisaient le métro après le début du couvre-feu.

Les rues de Paris deviennent d’ailleurs le royaume des livreurs de repas, qui circulent à vélo ou en mobylette, leurs sacs réfrigérés sur le dos. Quelques autobus, eux aussi autorisés à circuler, les doublent à toute vitesse, à vide, pour la plupart.  

Les rares piétons, moins d’une dizaine rencontrés à ce croisement en une demi-heure, ont tous une bonne raison d’être encore dehors.

Un homme à la mine soucieuse avance en direction du cordon de policiers, un papier à la main. « Je reviens de l’hôpital Curie où ma fille est opérée et l’hôpital m’a donné un justificatif », déclare le passant en dépliant son sésame.

« C’est carré, bonne soirée monsieur », répond le commissaire Caron en parcourant le document. « C’est comme pendant le confinement, on fait preuve de discernement », assure-t-il, notamment pour les personnes sans abri.

Mais il dit s’attendre aussi à quelques excuses farfelues ou à des attestations un peu trop bricolées.  

Outre Paris et sa région, le confinement nocturne frappe également les métropoles de Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Étienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble.