(Bobigny) Parce qu’il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, Samuel Paty a essuyé la colère de certains de leurs parents. Enseignant d’un collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), « à fond dans son métier » selon ceux qui l’ont côtoyé, il a été décapité vendredi dans un attentat.

Fanny LATTACH
Agence France-Presse

« Quand j’ai vu “prof-Bois d’Aulne-décapitation”, j’ai fait le lien direct : “c’est Monsieur Paty” », assure Martial, 16 ans, accouru vendredi soir devant le collège du Bois d’Aulne dès qu’il a appris la nouvelle.

Cet élève se souvient très bien de son professeur d’histoire-géographie de 4e dans cet établissement scolaire réputé calme, posé au cœur d’un quartier pavillonnaire qui l’est tout autant, dans cette ville de 35 000 habitants du Nord-Ouest parisien.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER CHRISTOPHE CAPUANO

Samuel Paty

« En début d’année il s’est présenté. Il a dit qu’il était à Créteil » dans un autre collège « et qu’il est venu parce que sa femme s’est fait muter pour son travail », se remémore le jeune homme.

Samuel Paty, 47 ans, cheveux bruns coupés courts, était « petit », portait des lunettes et « avait toujours une chemise », se rappelle Nathan, 16 ans, un autre ancien du Bois d’Aulne.

Père de famille, il venait d’effectuer sa troisième rentrée dans l’établissement. Il était connu pour son investissement auprès de ses élèves. « Il était à fond dans son métier », qu’il « aimait beaucoup », confie Martial. « Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait ».

« À l’écoute »

Hugo, en 3e, était un des élèves de Samuel Paty, qui lui dispensait des cours de soutien chaque semaine. « Il était super, très conciliant, et à l’écoute », assure-t-il.

L’enseignant a été décapité à proximité de l’établissement, sur le chemin de son domicile, vers 17 h.

Les vacances scolaires de la Toussaint à peine débutées, l’assaillant — un Russe tchétchène de 18 ans — s’est jeté sur lui, avant d’être, un peu plus tard, abattu par les policiers.

Emmanuel Macron, qui s’est rendu sur place vendredi soir, a dénoncé un « attentat islamiste caractérisé ».

Un « hommage national » sera rendu mercredi à M. Paty. Sans attendre, un millier de personnes se sont recueillies samedi devant son collège, rose blanche à la main ou brandissant une pancarte : « Je suis enseignant ».  

Des centaines de personnes se sont également réunies à Nice, Nantes ou Rennes pour dénoncer un « acte de barbarie ».

D’autres rassemblements sont annoncés dimanche à Paris et en région.

L’enseignant avait montré à ses élèves de 4e, la semaine dernière, des caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo, dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, a indiqué le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard.

« Pas dans son assiette »

« C’était toutes les années qu’il faisait cela », souligne Virginie, 15 ans, qui a connu l’enseignant. « C’était au programme pour l’EMC [enseignement moral et civique, NDLR]. C’était pour parler de la liberté par rapport à l’attentat de Charlie Hebdo, il montrait ces images, les caricatures », affirme la jeune fille, qui précise que cette année, « Ça a pris plus d’ampleur ».  

L’enseignant a en effet été la cible d’une vindicte lancée par un père d’élève sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo, il a qualifié l’enseignant de « voyou » qui « ne doit plus rester dans l’Éducation nationale » et invité d’autres parents à se mobiliser pour obtenir son exclusion.

Ce parent d’élève indigné avait porté plainte contre Samuel Paty, qui avait en retour déposé une plainte en diffamation contre lui, a retracé le procureur Ricard, mais sans faire publiquement, à ce stade, de lien entre le père de famille, son entourage et l’assaillant.

Depuis cette « histoire », M. Paty « n’était pas dans son assiette », avait observé Myriam, une collégienne de 13 ans, en mimant son attitude renfrognée quand il déambulait dans les couloirs.

« J’entendais des élèves dire “il est raciste” », dit-elle, en ajoutant que d’autres qualificatifs circulaient sur son compte, comme « islamophobe ».

« Il n’a pas fait ça pour créer des polémiques ou pour manquer de respect aux petits, ou pour faire de la discrimination », affirme Nordine Chaouadi. Son fils de 13 ans entamait sa deuxième année de cours avec M. Paty. « Il me dit, “il était super gentil, ce monsieur” », dit le père.