(Bruxelles) Les dirigeants européens, réunis en sommet à Bruxelles, ont demandé jeudi au Royaume-Uni de « faire le nécessaire » pour débloquer les négociations commerciales post-Brexit, provoquant l’irritation de Londres, au risque de mettre en danger les pourparlers.

Clément ZAMPA
Agence France-Presse

Cette crispation intervient au moment où le premier ministre britannique Boris Johnson laisse planer la menace de quitter les discussions. Il doit se prononcer vendredi sur le sujet, à la lumière des « résultats » du sommet européen.

Dans des conclusions adoptées jeudi soir, les Vingt-Sept « constatent avec inquiétude que les progrès réalisés sur les questions clés qui intéressent l’Union ne sont toujours pas suffisants pour qu’un accord soit conclu ». Et ils réclament que Londres fasse « le nécessaire pour rendre un accord possible ».

Par la voix de son négociateur, David Frost, le Royaume-Uni s’est dit « déçu » par ces demandes et même « surpris que l’EU ne s’engage plus à travailler de manière intensive », dans les conclusions formelles du sommet.

Le négociateur de l’UE, Michel Barnier a ensuite annoncé en conférence de presse qu’il souhaitait continuer à négocier la semaine prochaine à Londres, puis la suivante à Bruxelles, et ce de manière « intensive ».

« J’ai proposé à l’équipe britannique de négocier dans le bref espace de temps qu’il nous reste, de façon à discuter d’un accord jusqu’à fin octobre », a-t-il expliqué, se disant « absolument déterminé à trouver un accord juste ».

« Effort raisonnable »

Les pourparlers achoppent toujours sur trois sujets : la pêche, les garanties réclamées aux Britanniques en matière de concurrence — malgré de récents progrès — et la manière de régler les différends dans le futur accord.

La pêche est particulièrement sensible pour une poignée d’États membres (France, Irlande, Danemark, Belgique, Pays-Bas) qui veulent continuer à pouvoir accéder comme aujourd’hui aux eaux britanniques, très poissonneuses.

Les pêcheurs « ne sauraient être les sacrifiés du Brexit », d’ailleurs prévenu le président français Emmanuel Macron, assurant que Paris était « prêt » à une absence d’accord.

Michel Barnier a cependant déclaré, pour la première fois, que l’UE était ouverte à « un effort raisonnable » sur le sujet, à condition qu’il « préserve les activités de pêche de l’UE ». « Nous savons bien que nous allons devoir faire un effort », a-t-il concédé.

Depuis que le Royaume-Uni a officiellement quitté l’UE le 31 janvier, les pourparlers entre Londres et Bruxelles pour un accord de libre-échange — qui entrerait en vigueur début 2021 à la fin de la période de transition — patinent.

Les deux parties s’accusent mutuellement de laisser planer le risque d’un « no deal » potentiellement dévastateur pour leurs économies, déjà fragilisées par la pandémie.

« Quand nous prenons en compte à quel point le Royaume-Uni, d’une part, l’Union européenne, d’autre part, seraient affectés par une situation de non-accord, il est, on ne peut plus clair, qu’il doit y avoir un accord », a d’ailleurs souligné la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde sur la chaîne CNBC.

« Point final ! »

Les discussions entre Londres et Bruxelles ont aussi été affectées par le projet de loi du gouvernement britannique revenant en partie sur le traité du Brexit, qui encadre le départ britannique le 31 janvier dernier.

L’UE a de nouveau insisté jeudi pour que le Royaume-Uni applique « entièrement » cet accord de retrait sans le renégocier : « L’accord de retrait et ses protocoles doivent être entièrement mis en œuvre, point final », a tranché le président du Conseil européen Charles Michel.

C’est la première fois que les dirigeants européens se retrouvaient entre eux pour évoquer spécifiquement le Brexit depuis le début en mars des négociations commerciales. La réunion, à huis clos, a duré environ deux heures et demie.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quitté le sommet peu après le début de la réunion vers 16 h (10 h HE), pour se placer en quarantaine à cause d’un cas de COVID-19 dans son équipe.

« Cette réunion aurait dû être organisée sous forme de vidéoconférence », avait regretté la première ministre danoise Mette Frederiksen, dès son arrivée à Bruxelles, selon l’agence Ritzau.

Le dossier climatique est au programme de la soirée, avec un premier tour de table des 27 sur l’actualisation d’ici la fin de l’année des objectifs européens de réduction de gaz à effet de serre pour 2030.