(Minsk) Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s’est entretenu samedi pendant plusieurs heures avec des opposants emprisonnés dont un ex-candidat à la présidentielle, un geste inattendu alors que le mouvement de contestation le visant depuis deux mois ne faiblit pas.

Agence France-Presse

La présidence biélorusse a diffusé sur sa chaine Telegram une photo de cette rencontre organisée dans la prison des services spéciaux (KGB) à Minsk, à laquelle a notamment participé Viktor Babaryko, son principal concurrent à l’élection présidentielle du 9 août jusqu’à son arrestation en juin.

Plusieurs opposants en vue ainsi qu’une dirigeante du « Conseil de coordination » de l’opposition, formé pour assurer une transition du pouvoir, mais dont quasiment tous les dirigeants sont en exil ou en prison, étaient également présents.  

« J’essaye de convaincre non seulement vos partisans, mais toute la société qu’il faut regarder les choses de façon plus large », a déclaré M. Loukachenko durant cette rencontre, selon un court extrait vidéo diffusé.

Tous les opposants étaient pâles et gardaient un air sévère. Selon la chaîne Telegram, Alexandre Loukachenko les a rencontrés pendant 4 heures et demie. « La Constitution ne s’écrira pas dans la rue », leur a déclaré Alexandre Loukachenko, référence au projet de réforme constitutionnelle que le chef de l’État contesté présente comme solution à la crise.

« L’objectif du président est d’écouter les opinions de tous. Toutefois, la teneur de la conversation est gardée secrète par décision générale des participants », précise la même source.

Alexandre Loukachenko a « reconnu l’existence de prisonniers politiques qu’il appelait jusqu’alors des criminels », a réagi sur les réseaux sociaux Svetlana Tikhanovskaïa, la candidate d’opposition à l’élection présidentielle. « Mais on ne dialogue pas entre les murs d’une prison », a-t-elle ajouté.

Elle a par ailleurs annoncé que avoir pu discuter au téléphone avec son mari emprisonné Sergueï Tikhanovski. C’était leur première conversation depuis son arrestation en mai.

Pour les opposants au président biélorusse, cette rencontre est un signe de faiblesse de sa part. La réunion « a montré que nous sommes sur la bonne voie », a réagi Pavel Latouchko, un membre du présidium du Conseil de coordination, notant que M. Loukachenko a « été forcé de s’asseoir pour dialoguer avec ceux qu’il a mis derrière les barreaux ».

Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, fait face à un mouvement de contestation sans précédent déclenché par des soupçons de fraudes massives lors de la présidentielle, qu’il clame avoir gagné avec 80 % des voix.

Depuis l’élection, des dizaines de milliers de personnes se réunissent chaque dimanche dans les rues de Minsk pour réclamer sa démission et demander des comptes après la répression des premières manifestations postélectorales, qui ont fait au moins trois morts, des dizaines de blessés et des centaines d’arrestations.

De nombreuses accusations de torture visant les forces de l’ordre ont aussi été documentées.

Ce mouvement de protestation est inédit depuis l’arrivée au pouvoir de M. Loukachenko en 1994, mais le chef de l’État reste intraitable et exclut toute négociation. La quasi-totalité des dirigeants d’opposition ont été soit arrêtés, soit contraints à l’exil comme Svetlana Tikhanovskaïa, qui revendique la victoire.

M. Loukachenko a promis une réforme de la Constitution répartissant mieux les pouvoirs alors que le chef de l’État est actuellement tout-puissant, mais aucune proposition concrète n’a été formulée depuis août.