(Madrid) L’Espagne a clamé haut et fort dimanche être une destination touristique sûre malgré la flambée de cas de coronavirus, après la décision du Royaume-Uni de rétablir une quarantaine qui suscite la controverse parmi les vacanciers.

Diego URDANETA
Agence France-Presse

« L’Espagne est un pays sûr. Comme d’autres pays européens, l’Espagne a de nouveaux foyers. Ce n’est pas inhabituel. Le plus important est que l’Espagne fait de grand efforts pour contrôler ces foyers », a déclaré à la presse la ministre des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya.

Un peu plus tôt, son ministère avait assuré que la situation était « sous contrôle » et les « foyers localisés, isolés et contrôlés ».

Deuxième destination touristique mondiale derrière la France, l’Espagne espérait pouvoir attirer suffisamment de touristes britanniques ou allemands notamment pour sauver ce qui pouvait l’être de sa saison estivale.

Mais les cas de coronavirus ont triplé en deux semaines dans le pays, en particulier dans la région touristique de Catalogne (nord-est) et dans la région voisine d’Aragon. Sur les plus de 280 foyers surveillés par les autorités, les plus importants se situent à Barcelone et Lérida, en Catalogne, et Saragosse (Aragon).

Résultat, le gouvernement britannique a imposé depuis dimanche aux passagers arrivant d’Espagne une quatorzaine à l’isolement tandis que la Norvège a imposé elle une quarantaine de dix jours et que la France a « vivement recommandé » à ses ressortissants d’« éviter » de se rendre en Catalogne.

Pas d’excuses de Londres

Cette quarantaine britannique suscitait la controverse parmi les vacanciers. « Nous sommes choqués, on ne l’a pas vu venir, sinon nous ne serions pas partis », a confié à l’agence de presse britannique PA Jill Witte, arrivée dimanche de Barcelone à l’aéroport de Gatwick, près de Londres.  

Neal Evans, Britannique de 49 ans, a lui passé la journée de dimanche sur la plage à Torremolinos en Andalousie (sud). « Ceci n’est pas juste, ni pour les Britanniques, ni pour les Espagnols, qui doivent penser à leurs emplois », dit-il l’AFP.

Entrée en vigueur à minuit, quelques heures seulement après son annonce, cette mesure a pris de court de nombreux voyageurs, dont le ministre des Transports Grant Shapps, en vacances en Espagne.  

PHOTO ALBERT GEA, REUTERS

Le gouvernement britannique a imposé depuis dimanche aux passagers arrivant d’Espagne une quatorzaine à l’isolement tandis que la Norvège a imposé elle une quarantaine de dix jours et que la France a « vivement recommandé » à ses ressortissants d’« éviter » de se rendre en Catalogne.

Pourquoi « n’avons nous pas été prévenus plus en avance » par le gouvernement, s’est interrogé le voyagiste britannique Tui, qui évalue à plusieurs milliers le nombre des Britanniques s’étant rendus en Espagne pour le week-end.  

« Nous devons pouvoir prendre des décisions rapides et décisives », « sinon, nous risquons une nouvelle contamination au Royaume-Uni, une potentielle deuxième vague et un nouveau confinement », s’est justifié sur Sky News le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab.  

« On ne va pas présenter nos excuses », a-t-il lancé.  

Afin de tenter de limiter l’impact sur le secteur touristique, qui pèse 12 % du PIB en Espagne, son homologue espagnole Arancha Gonzalez Laya a indiqué discuter avec Londres de la possibilité que les Britanniques se rendant aux Baléares ou des Canaries puissent être exemptés de quarantaine.

Très prisés des Britanniques, ces archipels ont un niveau de contagions « bien inférieur aux données épidémiologiques du Royaume-Uni », a-t-elle souligné.

Face au rebond des contagions, les régions espagnoles, compétentes en matière de santé, ont serré la vis.

La Catalogne a ainsi invité les habitants de la métropole barcelonaise à rester chez eux et a par ailleurs décidé vendredi de fermer les discothèques et les bars de nuit, considérés comme des foyers de contagion.

La plupart des régions du pays ont aussi décidé de renforcer le caractère obligatoire du masque, qui doit être porté à tout moment dans la rue sous peine d’amende. Des restrictions ont aussi été prises localement, comme une limitation du nombre de personnes pouvant se réunir ou l’interdiction des visites dans les maisons de retraite.

Le gouvernement central, qui assure qu’il ne s’agit pas d’une « deuxième vague », considère que les régions ont les outils suffisants pour contrôler l’épidémie et écarte l’éventualité d’un nouvel état d’alerte. Ce régime d’exception a permis d’imposer mi-mars un confinement extrêmement strict qui n’a été levé totalement que le 21 juin.

L’Espagne, l’un des pays les plus affectés par la pandémie, dénombre officiellement plus de 28 400 morts et de 272 400 contaminations.

Dans ce contexte, une messe en mémoire des victimes de la pandémie va se tenir en fin de journée dans la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone où les participants devront se faire prendre la température à l’entrée.