(Hambourg) Un ancien gardien de camp nazi jugé actuellement en Allemagne pour complicité de meurtres s’est excusé lundi auprès des victimes de l’Holocauste, tout en réaffirmant ne pas avoir eu le choix de son affectation.

Agence France-Presse

« Je voudrais aujourd’hui m’excuser auprès de ceux qui sont passés par cet enfer de folie, et auprès de leurs proches. Une telle chose ne doit plus jamais se reproduire », a déclaré Bruno Dey, 93 ans, dans sa dernière prise de parole lors de son procès, dont le verdict est attendu jeudi.

Les témoignages de victimes lui ont permis de saisir « toute l’ampleur de la cruauté » des actes perpétrés au camp de Stutthof dans le nord de la Pologne, a-t-il ajouté.

« Je voudrais réaffirmer que je ne me suis jamais porté volontaire pour servir dans les SS ou […] ou dans un camp de concentration », a-t-il précisé, ajoutant qu’il n’y serait pas allé s’il avait eu la possibilité de l’éviter.

Un survivant du camp a rejeté les déclarations de l’ex-gardien. « Je suis sans voix. Je ne veux pas de ses excuses, je n’en ai pas besoin », a réagi Marek Dunin-Wasowicz, 93 ans, joint par l’AFP chez lui à Varsovie.

« Il ment tout simplement s’il dit qu’il n’a pas vu ou pas entendu ce qu’il se passait » dans le camp, a-t-il ajouté.

Bruno Dey est accusé de complicité dans des milliers de meurtres lorsqu’il était gardien, « entre août 1944 et avril 1945 », au camp de Stutthof à 40 km de Gdansk, le premier camp nazi construit hors d’Allemagne.

Selon le parquet, il « a soutenu l’assassinat horrible en particulier des détenus juifs ».

Son avocat Stefan Waterkamp a réclamé lundi un non-lieu, ou au pire une peine de prison avec sursis conformément à la législation pour mineurs sur la base de laquelle il est jugé, car il avait 17 ans au moment des faits.

Il faut prendre en compte le fait que « servir dans un camp de concentration n’était à l’époque pas considéré comme un crime », a-t-il dit.

Environ 65 000 personnes sont mortes à Stutthof, essentiellement des femmes juives des pays baltes et de Pologne.

Ces dernières années, l’Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS pour complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, mais tardive, de sa justice.  

Parquets et tribunaux allemands ont élargi aux gardiens de camps le chef d’accusation de complicité de meurtre, auparavant réservé aux personnes qui occupaient des postes élevés dans la hiérarchie nazie ou directement impliquées dans des homicides.

Le cas le plus emblématique a été la procédure engagée contre John Demjanjuk. Ancien gardien du camp d’extermination de Sobibor, il s’est vu infliger en 2011 une peine de cinq ans de prison. Il est mort en 2012 avant son procès en appel.