(Francfort) En Allemagne comme dans bien des pays, la plupart des vacanciers se préparent à rester chez eux cet été. Et pour ceux qui oseront s’aventurer hors des frontières, le gouvernement a lancé un message clair : il n’y aura pas de rapatriement organisé si la situation sanitaire devait se détériorer.

Olivia Lévy Olivia Lévy
La Presse

Que feront les Allemands cet été pour leurs vacances ? Ils sont de grands voyageurs, mais ils profiteront, en grande majorité, des plages de leur pays, en mer Baltique, ou encore aller dans les montagnes en Bavière.

Même si les frontières des pays de l’Union européenne ont rouvert le 15 juin, la prudence est de mise. Le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a annoncé qu’il n’effectuera pas de vols de rapatriement si des ressortissants restaient bloqués à l’étranger, comme ce fut le cas en mars, où 240 000 Allemands ont été rapatriés d’urgence lors de la fermeture des frontières.

Cette année, les craintes d’aller à l’étranger ou de prendre l’avion sont réelles. Le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr, a d’ailleurs garanti un vol de retour et assuré qu’il ramènerait tous les Allemands à la maison ! Lufthansa relance des vols vers l’Espagne, la Grèce, la Croatie, le Portugal, l’Italie, la France. Puis ce sera les liaisons vers l’Amérique du Nord, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. La compagnie, fleuron de l’économie allemande, a accepté un plan de sauvetage de 9 milliards d’euros de l’État.

Selon les statistiques officielles produites par DRV, association allemande de l’industrie du voyage, chaque année, le tiers des vacanciers allemands restent au pays, alors que plus de la moitié visitent l’Europe. Leurs destinations préférées sont l’Espagne, l’Italie, l’Autriche et la France. Quant aux 20 % qui partent plus loin, c’est aux États-Unis, au Canada et en Thaïlande qu’ils préfèrent aller. Ils ont dépensé 98 milliards pour leurs vacances en 2018, dont 35 milliards dans des voyages organisés.

Des vacanciers déjà aux Baléares

Dans le cadre d’un projet pilote, près de 11 000 Allemands ont décollé cette semaine pour les Baléares alors que la frontière espagnole ne rouvre qu’aujourd’hui. Un vrai privilège, car ils sont les premiers étrangers à se rendre sur cet archipel espagnol, lieu très prisé des Allemands, à tel point qu’on le surnomme le « 17e land ». En 2019, 4,5 millions d’Allemands se sont envolés vers les plages des îles de Majorque, Minorque et Ibiza, certains y ont même leur résidence secondaire. Le protocole sanitaire est strict, la température des touristes a été prise au départ comme à l’arrivée, ils doivent être joignables en tout temps et, au moindre symptôme, ils ont l’obligation de le signaler aux autorités.

PHOTO JAIME REINA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Quelque 11 000 touristes allemands ont récemment été accueillis aux Baléares.

À Francfort, nous avons parlé à Kristen, qui ne change pas ses plans. La professeure de yoga, comme chaque été, se rend dans le sud de la France. « Tout est réservé depuis janvier, alors on y va, mon mari et nos deux enfants ! On a un peu plus de 11 heures de route, mais nous sommes ravis de retrouver les belles plages chaudes de Pampelonne, à côté de Saint-Tropez », confie-t-elle. Claudia Hoerschelmann, pour sa part, n’ira pas en Espagne, mais séjournera plutôt en famille dans une ferme en Forêt-Noire, dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Je pense qu’on va être nombreux à redécouvrir notre pays.

Claudia Hoerschelmann

Directeur général du groupe DHI, qui exploite 57 hôtels Dorint en Allemagne, Jörg T. Böckeler peut déjà dire que cet été, les Allemands se déplaceront en voiture ou en train et resteront au pays, car il y a un besoin de se sentir en sécurité. « N’oublions pas que beaucoup de gens, à cause de la crise, ont des difficultés financières. On voit que les plages de la mer Baltique et de la mer du Nord obtiennent un vif succès tout comme les montagnes de la Bavière, très populaires. Il y a aussi des réservations pour des escapades culturelles à Berlin, à Hambourg et à Cologne », dit-il en entrevue téléphonique. Il précise qu’un protocole sanitaire strict est appliqué et qu’il faut désormais réserver une plage horaire pour le déjeuner, la piscine et le spa.

Sylt, reine de la mer du Nord

Sur l’île de Sylt, au large de la mer du Nord, la saison a commencé dès le mois de mai, ce qui est inhabituel. « Il y a un vrai effet coronavirus, car il y a déjà un monde fou, ce sera une saison très chargée sur cette île qu’on appelle aussi les “Hamptons des Allemands” avec sa plage de 42 km. C’est une île populaire ici, mais inconnue à l’extérieur du pays », explique Julia Lund de l’office de tourisme de Sylt. La mer du Nord n’est-elle pas trop froide ? « Non, ça va, l’été ça monte à 18 degrés », dit-elle.

« Ce sera des vacances en Allemagne », observe Ralph Schiller, directeur du groupe FTI, agence de voyages à Munich. « C’est une tendance qui se dessine depuis deux ans, rester en Allemagne ou alors aller chez nos voisins, en Autriche, où beaucoup de réservations ont été faites. »

PHOTO FOURNIE PAR L’OFFICE DE TOURISME DE SYLT

La baie de Lübeck est un lieu apprécié des familles pendant la saison estivale.

Dans la baie de Lübeck, à une heure de route au nord de Hambourg, la saison estivale est toujours très animée. « Les familles réservent dès le mois de décembre, et on est complet tous les étés », explique Doris Wilmer-Huperz, porte-parole de l’office de tourisme de Lübeck, petite ville au bord de la mer Baltique. « À cause du coronavirus, on reçoit beaucoup plus d’appels et on a mis au point un système de réservation en ligne pour la plage, car on doit garder nos distances. Pour ceux qui ne logent pas à Lübeck, il faudra réserver en ligne et obtenir une passe gratuite pour la journée. »