(Bruxelles) Les dirigeants européens ont prévu de se retrouver en face-à-face mi-juillet à Bruxelles pour trouver un accord rapide sur un plan de relance postcoronavirus massif, à l’issue d’un premier tour de table vendredi, qui a mis en évidence des désaccords.

Clément ZAMPA
Agence France-Presse

« Un consensus émerge, ce qui est très positif, mais il ne faut pas non plus sous-estimer les difficultés », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, chef d’orchestre de ce sommet par visioconférence, qui donnait le coup d’envoi de difficiles tractations.  

« Nous avons l’intention d’organiser un sommet physique vers la mi-juillet à Bruxelles », a annoncé le Belge qui devrait dans l’intervalle concocter une proposition révisée, tenant compte des objections des États.

PHOTO OLIVIER HOSLET, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le sommet se déroule de façon virtuelle en raison de la COVID-19.

Ce face-à-face faciliterait les discussions sur un sujet aussi urgent que complexe qui nécessite l’unanimité des États membres.

Selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, plusieurs dirigeants ont insisté sur la nécessité de parvenir à un accord avant « la pause estivale », malgré « des divergences d’opinions ».

Un accord sur ce plan de 750 milliards d’euros, destiné à sortir le Vieux Continent d’une récession historique, marquerait une étape majeure dans la construction européenne. Car cette somme sera pour la première fois empruntée au nom de l’UE sur les marchés, brisant le tabou d’une dette commune européenne.

La chancelière allemande Angela Merkel s’est d’ailleurs félicitée lors d’une conférence de presse que le principe d’un endettement commun ne soit « remis en cause par personne ».

Contreparties

Le sommet virtuel de vendredi a d’abord permis à chaque dirigeant de dévoiler ses objectifs et ses marges de négociation, sur la proposition de la Commission destinée à soutenir une économie européenne sinistrée et qui s’appuie sur le budget à long terme de l’UE (2021-2027).  

Il faudra en particulier vaincre les réticences des quatre « frugaux » — Pays-Bas, l’Autriche, Suède, Danemark — très réservés sur ce plan, qui bénéficiera avant tout aux pays du Sud.

La proposition sur la table prévoit un « instrument de relance » de 750 milliards d’euros, largement inspiré de l’initiative d’Angela Merkel et du Français Emmanuel Macron – une alliance de poids dans le débat.

Ce fonds complète une proposition révisée de budget de l’UE pour 2021-2027, de 1100 milliards d’euros, sur laquelle les États membres doivent aussi s’entendre.

Sur la somme de 750 milliards, 500 milliards seraient redistribués dans le cadre du budget européen sous forme de subventions aux pays les plus touchés par le coronavirus, comme l’Espagne et l’Italie, et 250 milliards d’euros sous forme de prêts.

Les 27 doivent surmonter d’importantes divergences, qu’il s’agisse du montant du plan, de sa durée, de l’équilibre entre prêts et subventions, des critères de répartition des aides, ainsi que de la délicate question d’une « conditionnalité », c’est-à-dire la contrepartie (par exemple des réformes) réclamée à un État en échange de ces fonds.

« Strict minimum »

Les « frugaux » réclament un niveau de dépense beaucoup moins élevé que les 750 milliards annoncés et plaident pour des prêts, que chaque État devra donc rembourser, plutôt que des subventions.  

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a mis en garde contre une pérennisation de la dette : l’aide apportée doit être « ponctuelle » et « limitée dans le temps », a-t-il averti selon l’agence APA.

Dans une lettre aux 27, les chefs de file de cinq des sept groupes au Parlement européen (PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE et GUE/NGL) ont prévenu que les 500 milliards de subventions étaient « le strict minimum » et que les eurodéputés ne donneraient leur aval au budget que si de nouvelles ressources (taxes européennes) étaient créées, dès 2021.

Un avertissement dont s’est fait l’écho le président du Parlement, l’Italien David Sassoli, pour qui le plan est « une bonne base de départ », « l’essence pour faire repartir le moteur » de l’économie.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde voit là l’occasion de « prouver que l’Europe est de retour ». « Plus vite le paquet est adopté, mieux c’est pour l’économie de l’UE », a-t-elle dit aux 27 selon une source proche des discussions.

La Commission évoque plusieurs possibilités pour financer budget et plan de relance, sans alourdir les contributions des États : taxes sur les plastiques, élargissement des recettes collectées sur le marché du carbone européen, taxe carbone aux frontières, impôt sur l’activité des grandes entreprises ou encore sur les entreprises numériques.

Là encore, un compromis devra être trouvé.