(Londres) En difficulté face au très lourd bilan de la pandémie au Royaume-Uni et critiqué pour les ratés du déconfinement, le premier ministre Boris Johnson a annoncé mercredi de nouveaux assouplissements, vantant les efforts « incroyables » de son pays pour combattre le coronavirus.

Martine PAUWELS
Agence France-Presse

Mais ces annonces destinées à apporter un peu plus d’air aux Britanniques ont été éclipsées par les déclarations glaçantes d’un scientifique qui conseille le gouvernement.  

Devant une commission parlementaire, ce dernier, l’épidémiologiste Neil Ferguson, a affirmé qu’en instaurant le confinement une semaine plus tôt, et non le 23 mars, le Royaume-Uni aurait réduit « au moins de moitié le nombre final des morts ».

Cherchant ses mots, Boris Johnson a botté en touche et rétorqué qu’il était pour l’heure « prématuré » de répondre à toutes ces questions. Les « bonnes décisions ont été prises au bon moment », a-t-il soutenu.

Selon le comptage officiel publié mercredi, 41 128 personnes testées positives (+245) sont mortes de la COVID-19 au Royaume-Uni. on dépasse même les 50 000 morts en incluant les cas suspects. C’est le bilan le plus lourd en Europe et le deuxième dans le monde derrière les États-Unis.  

Selon le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance, « l’épidémie recule, mais pas rapidement », avec une estimation de 5000 à 6000 contaminations par jour.   

« Nous ne sommes pas encore à la fin de cette épidémie, et de loin. Nous sommes au milieu », a renchéri le chef des services sanitaires, Chris Whitty.

Il n’empêche, les services de santé ne sont pas submergés, le nombre des nouveaux décès reflue comme celui des contaminations et des hospitalisations : « nous pouvons continuer d’ajuster le confinement en Angleterre », a annoncé Boris Johnson.

Fermés depuis fin mars à l’exception notamment des supermarchés, tous les commerces de détail pourront y rouvrir lundi, de même que les zoos et des lieux de culte pour les prières individuelles, mais pas les bars, restaurants et salons de coiffure pour lesquels cela ne sera possible que le 4 juillet « au plus tôt ».  

Et dès le week-end, les personnes seules, avec ou sans enfants, pourront former une « bulle » avec un autre ménage pour le rencontrer à l’intérieur. Dans tous les autres cas, seuls sont autorisés les regroupements de six personnes maximum à l’extérieur, moyennant une distance de sécurité de deux mètres.  

« Grand rattrapage »

Si les enfants pourront à de nouveau admirer lions et singes, le gouvernement a renoncé à son projet de permettre à tous les écoliers de retrouver les bancs de l’école avant les vacances d’été, seuls quelques classes ayant rouvert début juin. Une décision valant au gouvernement une salve de critiques.

« Nous avons un grand plan pour renvoyer tous les élèves à l’école d’ici à septembre », a assuré Boris Johnson.

Il a promis « un grand rattrapage » cet été, les responsables du secteur et des associations de lutte contre le racisme estimant que les cours à domicile vont creuser les inégalités car ils nuisent plus aux enfants défavorisés n’ayant pas toujours accès à des ordinateurs ou dont les écoles proposent parfois moins de cours en ligne.

À la Chambre des communes, Boris Johnson a dû aussi se défendre face au chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer. « La semaine dernière, le premier ministre a dit qu’il était fier du bilan du gouvernement », a rappelé ce dernier. « Mais il n’y a aucune fierté dans ces chiffres, n’est-ce pas ? »

« Nous pleurons chacun d’eux et nous sommes peinés pour eux ainsi que pour leur proches et amis », a rétorqué Boris Johnson dans un échange acerbe. Mais « pour ce qui est de ce que ce pays a fait pour combattre l’épidémie, je dois dire que je ne suis pas du tout d’accord avec la manière dont vous présentez les choses ».  

Et de citer « la réussite incroyable » du service public de santé (NHS) qui a construit dans l’urgence des hôpitaux de campagne - qui n’ont finalement pratiquement pas été utilisés - ou la manière « incroyable » dont le pays s’est mobilisé pour permettre d’« avoir le virus sous contrôle ».  

Mais Boris Johnson est loin de convaincre l’opinion publique. Selon un sondage YouGov, seuls 32 % des Britanniques approuvent l’action du gouvernement, un pourcentage en recul pour la cinquième semaine consécutive.