(Copenhague) Le gouvernement groenlandais a annoncé jeudi avoir accepté la proposition américaine de verser 12,1 millions de dollar d’aides à cet immense territoire autonome danois plongé dans l’Arctique, qui ne cesse de susciter les convoitises des grandes puissances.

Agence France-Presse

« Il est positif que la coopération accrue entre le Groenland et les États-Unis se traduise par des résultats tangibles sous forme de financement de projets au Groenland », s’est félicité le premier ministre groenlandais Kim Kielsen dans un communiqué.

L’aide américaine concerne des projets civils et va majoritairement se concentrer sur l’industrie minière, le tourisme et l’éducation.

Pour les Américains, qui ont obtenu en décembre le feu vert de Copenhague pour installer un consulat dans la capitale groenlandaise Nuuk,  il s’agit surtout de garder la main dans la région après la tentative avortée du président Trump d’acheter cette île gigantesque en août.  

« Nous voulons un Arctique sécurisé et stable, où les États-Unis sont protégés […] et les états arctiques travaillent ensemble pour relever les défis communs », a indiqué à la presse un représentant du département d’État américain.

Les ressources naturelles du Groenland (pétrole, gaz, or, diamant, uranium, zinc, plomb) et le réchauffement climatique qui ouvre de nouvelles voies maritimes attisent l’intérêt des grandes puissances, principalement les États-Unis, la Chine et la Russie.  

En août, le président Donald Trump avait indiqué son intention de racheter le Groenland, une manière de se positionner sur l’échiquier régional, où les États-Unis s’inquiètent des prétentions chinoises et russes.

Il s’était vu opposer une fin de non-recevoir par les gouvernements danois et groenlandais.

« Il n’y a aucun projet […] impliquant l’achat du Groenland », a pour sa part garanti le département d’État.

« Le Groenland est dans une situation économique précaire, où le gouvernement a besoin d’attirer les investissements économiques étrangers pour équilibrer les comptes », a expliqué à l’AFP Jon Rahbek-Clemmensen, professeur à l’Académie royale de Défense, spécialiste de la région.

Depuis 2009, le Groenland est très largement indépendant du Danemark dans sa politique économique tandis que les fonctions régaliennes, comme la monnaie, et la politique étrangère et de défense restent du ressort de Copenhague, qui maintient sous perfusion le territoire en lui versant 3,6 milliards de couronnes (483 millions d’euros) chaque année.

Pour le gouvernement danois, l’accord entre le Groenland et les États-Unis est un prolongement naturel de la coopération américano-danoise.

« C’est une volonté d’approfondir un partenariat, une collaboration stratégique que nous entretenons depuis de nombreuses années », a indiqué à l’agence danoise Ritzau, le chef de la diplomatie danoise, Jeppe Kofod.

Selon lui, l’état danois — composé de trois entités, le Danemark métropolitain, les îles Féroé et le Groenland — sort « renforcé » de cette annonce.

« Il est fascinant de voir comment le Groenland est inclus dans l’élaboration des politiques mondiales », s’est pour sa part félicité auprès de l’AFP Aki-Matilda Høegh-Dam, l’une des deux députées groenlandaises siégeant au Parlement danois.