(Madrid) L’Espagne se préparait à affronter « les jours les plus durs » de la pandémie de coronavirus en incorporant des milliers de personnels soignants et en ouvrant un hôtel pour accueillir des malades alors que le nombre de morts a progressé de près de 30 % en 24 heures.

Agence France-Presse

La COVID-19 a fait 767 morts en Espagne, contre 598 mercredi, et le nombre de cas détectés dépasse les 17 000, selon les statistiques publiées jeudi par le ministère de la Santé.

À ce jour, 1107 malades ont été déclarés guéris, selon le ministère. Le nombre de cas a progressé de 25 % depuis mercredi, et s’établit à 17 147, mais pourrait augmenter de façon importante au fur et à mesure que les tests sont pratiqués.

L’Espagne est à ce jour le quatrième pays le plus touché dans le monde et le deuxième en Europe derrière l’Italie.

« Les jours les plus durs arrivent […] Nous allons continuer à voir une augmentation des cas et cela sera le cas jusqu’à ce que nous nous approchions du pic de la courbe », a prévenu le ministre de la Santé, Salvador Illa.

Le pays a donc ordonné la fermeture de tous les hôtels du territoire à compter de jeudi, et pour sept jours ouvrables afin d’endiguer la progression de l’épidémie.

Seuls resteront ouverts les établissements de séjour longue durée, à condition qu’ils aient les infrastructures nécessaires pour que leurs occupants puissent y respecter le confinement quasi total imposé actuellement dans le pays.

Autre mesure pour faire face à l’explosion des cas : l’incorporation au système de santé publique de milliers d’étudiants en médecine, de médecins en cours de spécialisation ou d’infirmiers diplômés n’ayant pas obtenu de place dans la santé publique.

« Plus de 30 000 professionnels sont à disposition et ont été incorporés progressivement », a dit le ministre, qui envisage aussi de faire appel à 14 000 médecins et infirmiers à la retraite.

Dans un communiqué, l’Ordre des médecins a dénoncé la situation « insoutenable » des soignants qui travaillent parfois sans matériel de protection.

Pour pallier ce manque de matériel, les autorités ont rassemblé, grâce notamment aux perquisitions des forces de l’ordre, 1,5 million de masques.

48 interpellations

L’aide est venue aussi du secteur privé. Dans la région de Valence, les couturières du petit village de Pedrel ont notamment fabriqué 10 000 masques. Selon la presse, le géant Inditex (Zara), envisage également de fabriquer des masques dans ses usines.

Le système de santé est dans une situation extrêmement tendue, près de 1000 lits des services de soins intensifs sur plus de 4000 accueillant déjà des malades du coronavirus dans le pays.

Afin de libérer de la place dans les hôpitaux de la région de Madrid, la plus touchée, un hôtel a commencé à accueillir jeudi des patients ne nécessitant pas d’hospitalisation et d’autres suivront.

Les personnes âgées sont les plus touchées. Selon des statistiques partielles, 33 % des malades enregistrés ont plus de 65 ans et 18 % plus de 75 ans, a indiqué Fernando Simon, le directeur du Centre de coordination des urgences sanitaires.

Des dizaines de décès ont notamment été enregistrés dans des maisons de retraite.

Le directeur des opérations de la police nationale, José Angel Gonzalez a appelé la population à respecter les restrictions de mouvement, et annoncé que 48 personnes avaient été interpellées au cours des dernières 24 heures pour les avoir enfreintes.

Depuis l’entrée en vigueur samedi de l’état d’alerte, les 46 millions d’habitants du pays ne peuvent sortir de chez eux que pour des activités essentielles : se rendre au travail ou à la pharmacie et faire des courses alimentaires.

Les frontières avec la France et le Portugal sont fermées, en collaboration avec ces deux voisins, et l’entrée en Espagne a été refusée à 996 personnes, a ajouté José Angel Gonzalez.

La police surveille aussi les réseaux sociaux pour lutter contre les fausses informations, et « nous surveillons plus de 7000 personnes », a-t-il ajouté.