(Paris) Emmanuel Macron a pris lundi une mesure inédite dans l’histoire récente de la France en annonçant une restriction sévère des déplacements de la population, justifiée par la « guerre » engagée par le pays contre la pandémie du coronavirus.

Le chef de l’État a aussi annoncé le report du second tour des élections municipales et la suspension de toutes les réformes dont celle des retraites, aussi emblématique que contestée.

« Jamais la France n’avait eu à prendre de telles décisions par temps de paix », a lancé le président dans sa seconde allocution solennelle en cinq jours, soulignant que « nul ne peut savoir » combien de temps allait durer l’épidémie.

Le dernier bilan fait état lundi soir de 21 nouveaux décès (148 en tout) et 1200 nouveaux cas lundi, soit plus de 6600 en tout.

Sans prononcer le mot « confinement » qui était attendu, Emmanuel Macron a annoncé que les « déplacements seront fortement réduits pour 15 jours au moins » à partir de mardi à midi pour « limiter au maximum les contacts » et lutter contre l’expansion du coronavirus.

Il ne sera ainsi plus possible de « retrouver ses amis ou aller au parc », et « seuls doivent demeurer les transports absolument nécessaires », « pour se soigner », faire ses courses ou encore « aller au travail quand le travail à distance n’est pas possible », a détaillé le chef de l’État.

« Le mot d’ordre est clair : restez chez vous ! », a ensuite résumé le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, en précisant que toutes les personnes qui circuleront devront être « en mesure de justifier leur déplacement », au risque de se voir infliger une amende de 135 euros.

« Sans confinement, on ne pourra mettre fin à l’épidémie », a justifié le ministre de la Santé Olivier Véran.

« Rhétorique guerrière »

A droite et à gauche, des responsables politiques ont cependant critiqué un certain flou dans l’allocution de 20 minutes. « Lorsqu’on annonce la guerre, il faut donner des ordres clairs », a réagi Marine Le Pen. L’écologiste Julien Bayou a dénoncé « une rhétorique guerrière inutile » et un « confinement pas assez strict, sans contrôle démocratique ».  Jean-Luc Mélenchon a également dénoncé « une sorte de flou, en disant “Il faut rester chez vous, mais vous pouvez sortir faire de l’exercice physique”. Non il faut se confiner ! »

Mais pour le numéro 2 des Républicains Guillaume Peltier, « l’heure n’est pas venue de polémiquer » et « nous soutenons toutes les décisions ».

Emmanuel Macron a aussi appelé les Français à « être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique ». « La France vit un moment très difficile » et « il faudra nous adapter », mais « nous gagnerons », a-t-il lancé.

Emmanuel Macron a en outre annoncé le report du second tour des élections municipales, une décision qui « a fait l’objet d’un accord unanime » entre les partis. Il n’a cependant pas confirmé la date du 21 juin, proposée dans l’après-midi aux chefs de partis par le premier ministre Edouard Philippe.

« Très inquiétante »

Pour mettre en œuvre sans délai ces mesures, un conseil des ministres se tiendra dès mardi à l’Élysée, afin que le Parlement soit saisi d’ici à la fin de la semaine. Neuf ministres seront physiquement présents, ceux qui participent au Conseil de défense, tandis que les autres y participeront par visioconférence par mesure de précaution sanitaire.

Ces derniers jours, les experts médicaux n’ont cessé de s’alarmer de l’aggravation de la situation, qui « est très inquiétante » et « se détériore très vite », selon le directeur général de la Santé, le Pr Jérôme Salomon. « Le nombre de cas double désormais tous les trois jours », a-t-il souligné, insistant notamment sur les « centaines » de malades en réanimation et dont le pronostic vital est engagé.

Le chef de l’État a annoncé qu’un hôpital de campagne du service de santé des armées serait déployé « dans les jours à venir en Alsace » et que des masques seraient distribués dès mardi aux soignants des 25 départements les plus touchés.

La mesure de confinement limité intervient après une série d’autres décisions de plus en plus contraignantes prises ces derniers jours, mais qui ont été jugées insuffisantes pour faire face à l’aggravation de la pandémie.

Le week-end a ainsi été marqué par l’annonce de la fermeture des lieux publics « non-essentiels », comme les restaurants, les bars et les commerces non alimentaires. Elle s’ajoutait à celle des crèches, des écoles et des universités, annoncée jeudi par Emmanuel Macron au cours d’une première allocution télévisée.

« Pas de pénurie »

La Bourse de Paris a connu une nouvelle débâcle en chutant de 5,75 % alors que les places mondiales sont toujours en pleine tempête et que Bruxelles attend désormais une récession pour 2020.  

Pour éviter une multiplication des faillites, Emmanuel Macron a annoncé une garantie des prêts bancaires accordés aux entreprises à hauteur de 300 milliards d’euros, ainsi qu’un « dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien ou report d’échéances bancaires et de garanties de l’État à hauteur de 300 milliards d’euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques ».

Les loyers et les factures d’eau, de gaz et d’électricité « devront être suspendus » pour les plus petites entreprises qui rencontrent « des difficultés », a-t-il également annoncé.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a assuré qu’il n’y aurait « pas de pénurie », tout en demandant de ne pas multiplier les achats de précaution. Mais en Alsace par exemple, une des régions les plus touchées, des grandes surfaces ont été prises d’assaut avec de longues files de chariots devant les entrées.

Également sur le plan pratique, de nombreux parents ont fait état, au premier jour de fermeture des écoles, de difficultés pour se connecter aux sites officiels en ligne destinés à faire la classe à la maison.