Le procès de quatre hommes soupçonnés d’avoir joué un rôle-clé en 2014 dans la fin du vol MH17 a débuté lundi aux Pays-Bas malgré les protestations du gouvernement russe, qui continue de nier toute responsabilité dans le drame.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Les accusés — trois Russes et un Ukrainien — n’étaient pas présents à l’ouverture des procédures, attendues depuis longtemps par les familles des victimes, en majorité des Néerlandais.

Ils sont accusés du meurtre des 298 occupants de l’avion, qui traversait l’espace aérien ukrainien en route vers Kuala Lumpur, en Malaisie, au moment de sa destruction.

PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le procès de quatre hommes soupçonnés d’avoir joué un rôle-clé en 2014 dans la fin du vol MH17 a débuté lundi aux Pays-Bas.

Une équipe d’enquêteurs internationaux a conclu en 2016 que l’appareil avait été abattu avec un missile sol-air de type BUK et un système de lancement mobile provenant « du territoire de la Fédération de Russie ».

Ils ont déterminé par ailleurs que le missile en question avait été tiré à partir d’une zone de l’est de l’Ukraine contrôlée par des rebelles qui luttaient, avec l’appui de Moscou, contre le gouvernement de Kiev.

En 2018, les enquêteurs ont précisé que le système de lancement en question provenait d’une brigade antiaérienne russe basée à Koursk après avoir retracé son parcours avec des photos, des vidéos et de nombreuses entrevues.

Parmi les rebelles

Le procureur néerlandais, dans sa déclaration préliminaire, a indiqué que les accusés n’avaient pas « appuyé sur le bouton ayant lancé le missile ».

Il estime toutefois qu’ils ont joué un rôle de coordination assez significatif dans « le transport et le positionnement » du système BUK en territoire ukrainien et son retrait subséquent pour être tenus criminellement responsables de la fin du vol MH17.

Les quatre hommes, selon la justice néerlandaise, occupaient des fonctions importantes parmi les rebelles. Le plus connu, Igor Guirkine, est décrit comme un ex-colonel des services de renseignement russes qui s’était vu attribuer le titre de ministre de la Défense de la région en soulèvement.

Un seul des accusés a décidé de se faire représenter par un avocat, les autres refusant de reconnaître la légitimité du processus.

D’autres accusations pourraient être portées subséquemment dans le cadre de l’enquête internationale en cours, qui tente aujourd’hui d’identifier les personnes ayant fait fonctionner le système de lancement au moment du tir ainsi que la chaîne de commandement.

Responsabilité

La justice néerlandaise, qui a été saisie du dossier parce qu’une majorité de victimes étaient originaires du pays, insiste sur la nécessité de faire toute la lumière sur le drame, plus encore parce que personne ne reconnaît sa responsabilité.

« Lorsque des centaines de personnes innocentes sont tuées, un monde qui ne prend pas la peine d’établir la vérité et de punir les coupables envoie le message que ces personnes sont des cibles légitimes », a indiqué le procureur.

Le président d’une association de victimes néerlandaises interrogé par l’Agence France-Presse, Piet Poleg, a dit espérer que le procès permettra de mettre en lumière le rôle exact de la Russie.

Moscou a notamment affirmé par le passé que le vol MH17 avait été abattu par un avion de combat du gouvernement ukrainien ou encore un missile sol-air tiré par l’armée.

Le pays a encore démenti toute responsabilité en préambule du procès.

Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe a affirmé que les enquêteurs internationaux avaient « ignoré » la quantité importante d’informations fournies par la Russie relativement au drame pour ne pas contrevenir à leur « version présélectionnée ».