Des manifestants ont bloqué samedi une route entre l'Irlande et l'Irlande du Nord en construisant un mur de béton avec de faux barrages militaires afin d'illustrer ce qu'un Brexit dur signifierait pour cette région fragile.

Mis à jour le 26 janv. 2019
AGENCE FRANCE-PRESSE

Des habitants de la région ont utilisé des barrières en béton et installé un bureau de douane défendu par une sorte de mirador avec de faux soldats portant l'uniforme britannique, scène visant à rappeler trois décennies de violences.

« Il s'agit de rappeler à notre génération plus jeune comment était la situation il y a 25 ans », a déclaré John McNamee, militant du groupe Communautés frontalières contre le Brexit (BCAB-Border Communities against Brexit).

« C'est comme ça qu'était la situation et nous ne voulons vraiment pas que cela le redevienne », a ajouté le militant déguisé en douanier.

Si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne le 29 mars sans un accord de retrait, la frontière entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord deviendra une frontière externe de l'UE où seront effectués des contrôles douaniers.

La frontière est devenue invisible après les accords de Paix de 1998, qui ont mis fin au conflit qui a fait plus de 3600 morts.

Après un rassemblement organisé par les manifestants, les habitants de la région ont détruit le mur de béton à coups de masse dans une atmosphère de fête, et les faux soldats britanniques ont mis en scène, sous forme de théâtre de rue, ce que pourrait être la résurgence des tensions dans la région.

« Nous sommes à 60 jours de la réalité du Brexit avec ou sans accord », a déclaré Tom Murray, l'un des organisateurs de BCAB. « Sans accord, il pourrait y avoir l'imposition d'une frontière. Ceci montre quel serait le pire des scénarios ».

Europhiles ou fervents Brexiters, les députés britanniques se sont massivement opposés, le 15 janvier, à l'accord de divorce négocié par la première ministre, Theresa May, avec Bruxelles.  

Le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, a estimé vendredi que l'UE pourrait consentir à faire un compromis sur l'accord de Brexit, de nature à convaincre les députés britanniques d'approuver ce texte très controversé.

« Je ne pense pas que l'Union européenne va changer sa position fondamentale sur le backstop », a-t-il néanmoins ajouté, faisant référence à une disposition de l'accord destinée à empêcher le retour d'une frontière physique entre les deux Irlande.

Les Brexiters fustigent le « backstop » car il donnerait à l'Irlande du Nord un statut particulier, en la maintenant quasiment dans le marché unique. Cette situation est également inacceptable pour la formation unioniste nord-irlandaise DUP, alliée indispensable de Mme May au Parlement, qui accuse cette disposition de menacer l'intégrité politique et économique du Royaume-Uni.