(Paris) Soupçons de fuite, professeurs en grève, résultats pas toujours définitifs : le grand rendez-vous annuel du baccalauréat, le «bac» qui sanctionne en France la fin des études secondaires, a été cette année émaillé d’incidents.

Agence France-Presse

Quelque 77,7% des 743 000 candidats ont été reçus d’emblée, sans avoir besoin de passer le rattrapage, un taux provisoire, en légère baisse (-1,1 point) par rapport à celui affiché en 2018, a indiqué vendredi le ministère de l’Éducation.

Certains de ces résultats ne sont que provisoires en raison d’une grève de correcteurs opposés à la refonte annoncée de l’examen bicentenaire.

Pour contraindre le gouvernement à rouvrir des négociations sur les réformes du lycée et du bac qu’ils dénoncent, des professeurs ont refusé de saisir les notes des candidats mais aussi, pour certains, de rendre les copies.

Selon le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, interrogé dans la soirée sur la chaîne TF1, «nous sommes désormais en-dessous de 10 000» copies manquantes, «et donc lundi prochain, les notes définitives qui manquent seront là».

Les correcteurs de la région parisienne sont «prêts à rendre» les copies lundi matin, mais se disent également «prêts à se remettre en grève en fonction du déroulement de la journée de lundi», a déclaré le collectif de professeurs grévistes «Bloquons Blanquer», réunis vendredi en assemblée générale à Paris.

Le ministre, qui n’a pas voulu céder, a imaginé une «solution technique» pour fournir des résultats à la date prévue : remplacer les notes de l’examen si elles venaient à manquer par celles du contrôle continu de l’année. Quitte, en fin de compte, à réintroduire la note du bac si celle-ci s’avère meilleure.

L’opposition s’est engouffrée dans la brèche. Le Parti communiste française a accusé le ministre d’avoir «saboté» le bac avec des «tripatouillages» des notes des lycéens pour parer à la grève de correcteurs, le Parti socialiste reprochant pour sa part au ministre d’ajouter «de la confusion à la tension».

Ironie du sort, les opposants à la réforme du bac, prévue pour 2021, dénoncent justement un futur examen qui fera la part belle au contrôle continu.

Grévistes ou non, certains professeurs ont dénoncé l’inégalité de traitement des candidats - âgés cette année de 11 à 77 ans - et l’irrégularité des résultats communiqués vendredi.

Cette édition du baccalauréat aura été particulièrement perturbée. Avant la grève des correcteurs, elle avait déjà été entachée par une grève de la surveillance le premier jour des épreuves et par des «suspicions de fuites» de sujets de mathématiques, qui ont aussi connu des coquilles dans les énoncés. Deux candidats et un couple de trentenaires devaient être présentés vendredi à un juge d’instruction en vue d’une éventuelle mise en examen.

Jeudi soir également, les résultats du bac ont fuité sur le site internet de l’académie de Lille, dans le nord du pays, avant que le lien ne soit bloqué une quinzaine de minutes plus tard.

Depuis 2012, le taux de réussite au bac dépasse les 80%. En 2018, 88,3% des candidats ont empoché le diplôme.

Les candidats admis à l’oral de rattrapage lundi devront choisir une ou deux matières à repasser.