Notre collaborateur se trouvait à Paris pendant que brûlait la cathédrale Notre-Dame. Il nous raconte ce qu’il a vu et entendu au cours de cette journée marquante dans l’histoire récente de la France.

Amin Guidara Collaboration spéciale

Au début, il n’y a que de la fumée dans le ciel de Paris. Les gens s’échangent des photos et des vidéos par téléphone. « Notre-Dame de Paris brûle-t-elle ? »

Les gens sont curieux, attentifs. Petit à petit, on sent l’inquiétude monter. Ce n’est plus que de la fumée, mais des flammes.

L’odeur de brûlé envahit les alentours. Toutes les artères sont bloquées par les passants qui filment l’événement. Les serveurs des restaurants ramassent leurs tables et leurs chaises, instinctivement : ils savent qu’ils devront libérer le passage.

Même pour ceux qui ne verraient pas la cathédrale, celle-ci leur rappelle sa douleur : il pleut des petits tisons sur la capitale.

PHOTO BENOIT TESSIER, REUTERS

Bien des gens observant l’incendie n’ont pu retenir leurs larmes. 

La foule est encadrée par les cordons de sécurité, rapidement déployés par la police. Certains sont en larmes en voyant le monument le plus visité en Europe sous les flammes. « C’est pas vrai, c’est pas vrai… », entend-on. Ils attendent, tous, dépités.

« C’est quand même l’histoire de France qui est en train de brûler », dit un vieil homme à voix haute, comme pour rappeler à la foule la gravité de la chose.

Il a raison. C’est ici que se trouve la Sainte Couronne, que Napoléon a été sacré empereur, que s’est chanté un Magnificat lors de la libération de Paris en 1944.

Une jeune femme exprime son désarroi : « Je n’ai même pas eu la chance d’y rentrer. »

PHOTO BENOIT TESSIER, REUTERS

Une femme priait devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, alors qu’elle était ravagée par un terrible incendie.

La cathédrale continue toujours de brûler. La fumée est tantôt grise, tantôt noire, tantôt jaunâtre. Le feu semble se jouer de son audience, il se calme, reprend de l’ampleur, puis se calme à nouveau.

Soudain, la flèche s’effondre dans une immense boule de feu. C’est à ce moment que les spectateurs commencent à croire ce qui relevait avant de l’impossible : Notre-Dame de Paris pourrait véritablement disparaître sous les flammes.

Les pompiers emploient les grands moyens, qui semblent minuscules face à l’ampleur des flammes. Les quelques boyaux d’incendie peuvent-ils lutter contre le feu ravageur ?

Flammes dans la nuit

La nuit commence à tomber, mais la cathédrale illumine Paris. Le président Emmanuel Macron, accompagné de sa femme Brigitte et de son premier ministre, arrive sur place. Eux aussi regardent la façade noircie et sont sans mots. Ils repartent une quinzaine de minutes plus tard : le président ne fera pas de déclaration publique tout de suite.

Parmi les 400 pompiers sur place, trois sont en train de câliner un chien par terre. À première vue, on croirait qu’ils sont en train de le sauver. En réalité, ils le préparent à entrer à l’intérieur de l’église pour vérifier si des personnes blessées s’y trouvent.

PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les pompiers de Paris ont travaillé sans relâche pour venir à bout des flammes. 

On saura par la suite qu’aucune victime n’était à déplorer – seul un pompier a été blessé.

Il fait nuit. Le feu a l’air d’être stabilisé. Mais qui sait quand il peut reprendre de plus belle…

Des fidèles sont agenouillés face à leur lieu de culte. Des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes. Tous récitent, ensemble et en boucle, des « Je vous salue Marie ».

Quelques mètres plus loin, une dame récite des extraits de La tapisserie de Notre-Dame du poète Charles Péguy.

Chacun salue à sa façon la cathédrale, symbole de ses croyances, de sa ville, de son pays, de ses voyages.