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L'Écosse intègre «l'éducation LGBT» dans ses écoles

(Édimbourg) Étudier l'histoire du mouvement LGBT ? Apprendre que certains grands personnages étaient homosexuels ? Échanger sur l'existence des couples de même sexe ? Tout cela sera bientôt une réalité dans les écoles publiques en Écosse.

Le gouvernement écossais vient d'annoncer que « l'éducation LGBT » serait désormais intégrée au programme scolaire national, une décision qualifiée d'historique. L'Écosse deviendrait ainsi le premier pays du monde à aborder ces thématiques dans l'enseignement primaire et secondaire. Pour certains, il s'agit d'une nécessité. Mais pour d'autres, c'est plutôt du gaspillage.

« C'est une grande victoire », dit pour sa part Jordan Daly, cofondateur du groupe Time for Inclusive Education (TIE) qui a fait campagne pendant cinq ans pour cette cause. 

« Nous sommes convaincus que l'éducation LGBT brisera la culture du silence et permettra de s'attaquer aux préjugés et de contrer l'homophobie dans les cours d'école. »

- Jordan Daly, cofondateur du groupe Time for Inclusive Education

Précisons que cet enseignement ne sera pas optionnel, mais bien obligatoire.

Selon le gouvernement écossais, toutes les écoles publiques seront tenues d'enseigner la réalité LGBTI (lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, intersexes) dans une perspective historique, inclusive et égalitaire.

Il n'y aura cependant pas de cours spécifique sur ces questions. Le contenu sera plutôt intégré aux autres matières, afin que les jeunes LGBT puissent se reconnaître dans le cadre de cours « normaux ».

CONCRÈTEMENT, CE SERA QUOI ?

Les promoteurs de cette initiative ont proposé, par exemple, que l'homosexualité du décrypteur de codes secrets Alan Turing soit évoquée dans le cadre des cours de mathématiques. Malgré ses services rendus pendant la Seconde Guerre mondiale (voir le film The Imitation Game), ce pionnier de l'informatique a été accusé de « grossière indécence », un jugement qui a éventuellement conduit à son suicide.

Dans les cours d'anglais, les élèves pourraient étudier, dans une nouvelle perspective, l'oeuvre du poète écossais Edwin Moran ou de l'écrivain Oscar Wilde, qui s'est exilé à Paris en raison de son orientation sexuelle.

Les cours d'histoire, quant à eux, pourraient s'attarder aux émeutes de Stonewall, à New York, qui ont marqué la naissance des mouvements pour les droits des homosexuels, en 1969. Ou souligner que les homosexuels ont été, eux aussi, enfermés dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour les plus jeunes élèves, cet enseignement prendrait la forme d'ateliers et de discussions sur le respect et la diversité. « Le but serait de renforcer l'idée de l'inclusion, avec des messages simples, souligne Jordan Daly. Parler des différents types de familles. Expliquer qu'on peut être attiré par les garçons, les filles, ou les deux. »

Selon Jordan Daly, cette approche multiple aura le double mérite de démystifier l'homosexualité et d'offrir aux jeunes LGBT des modèles inspirants. Âgé de 23 ans, il confie avoir lui-même souffert d'homophobie et parle d'une expérience « difficile » lorsqu'il était à l'école, à cause du manque de sensibilisation.

« Il n'y avait jamais de mention de la réalité LGBT dans les cours, je me sentais exclu de ma propre éducation et de mon propre apprentissage sur la communauté. J'ai dû trouver des réponses par moi-même », dit-il.

PRUDENCE ET PERPLEXITÉ

Si elle est globalement bien accueillie, cette nouvelle soulève toutefois quelques questions. Enseignant au secondaire à Glasgow et président de la Société des professeurs d'histoire écossaise (SATH), Chris Mackay se réjouit que ce nouveau cursus « reflète les valeurs de la société actuelle ». Mais il espère que des outils adéquats seront donnés aux enseignants qui auront la tâche délicate de transmettre cette nouvelle matière.

« C'est important qu'un sujet sensible comme celui-là soit correctement géré et présenté. Le matériel utilisé devra être correctement produit avant de pouvoir être utilisé en classe. Sinon, ça pourrait causer des problèmes. »

- Chris Mackay, enseignant au secondaire et président de la Société des professeurs d'histoire écossaise

Certains membres du clergé se sont montrés perplexes. Dans une entrevue à la BBC, le pasteur de l'église St. Peter à Dundee, David Robertson, a dit craindre que les enfants soient ainsi « endoctrinés dans une philosophie particulière » et a par ailleurs suggéré que cette « dépense non nécessaire » soit « utilisée à meilleur escient ».

L'Écosse revient de loin en matière de reconnaissance de la réalité LGBT. L'homosexualité y était illégale jusqu'en 1980. Jusqu'à l'an 2000, une loi interdisait aux écoles écossaises de « faire la promotion » de l'homosexualité.

Jordan Daly espère que le reste du Royaume-Uni suivra bientôt l'exemple, et regrette que les groupes militants d'Angleterre et du pays de Galles n'aient pas eu « le même succès » qu'en Écosse.

Trop tôt, du reste, pour savoir quel pourcentage du programme sera occupé par cette nouvelle matière. « Nous attendons les conclusions du groupe de travail. » Le programme devrait être implanté d'ici 2021.




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