L'échange a duré une quarantaine de secondes, mais c'était assez pour transformer une chômeuse quinquagénaire en héroïne.

Mis à jour le 24 août 2013
Agnès Gruda LA PRESSE

«Monsieur le président, qu'allez-vous faire pour des gens comme moi?», a lancé une femme à François Hollande, de passage au bureau d'emploi de La Roche-sur-Yon, à trois heures de train de Paris.

«Mais c'est pour ça qu'on est ici, pour trouver des solutions», a répliqué François Hollande, visiblement surpris par cette rencontre imprévue.

«Oui, mais pour l'instant, il n'y a rien de concret...»

Les caméras de BFMTV ont capté la conversation, d'autres médias l'ont relayée et, du jour au lendemain, Nathalie Michaud, femme plutôt discrète et menue, est sortie de l'anonymat pour incarner la réalité des chômeurs de plus de 50 ans.

«Une femme donne un visage au chômage», a résumé Le Monde, dans un article qui a consacré sa célébrité.

Parcours atypique

La tournée présidentielle était placée sur le thème: «Le chômage ne prend pas de vacances.»

Mais Nathalie Michaud n'avait pas besoin de cette rencontre avec François Hollande, il y a 18 jours, pour découvrir que le chômage frappe à toute saison.

Depuis qu'elle a franchi le cap de la cinquantaine, elle passe systématiquement sous le radar des recruteurs.

Elle a beau se démener, elle n'a pas eu la moindre entrevue d'embauche depuis 18 mois. Ses allocations de chômage épuisées, elle n'a pu faire autrement que de retourner vivre chez sa mère, avec son fils de 21 ans. Une décision douloureuse, qu'elle vit comme un "échec complet».

«Ça veut dire que je suis incapable de subvenir à mes besoins.»

Nathalie Michaud juge qu'elle a eu un parcours atypique. Des études inachevées en psychologie, un long séjour au Maroc, où elle travaille comme institutrice. Puis retour en France, où elle vivote de boulot en boulot.

Des emplois de bureau, surtout, payés au salaire minimum - mais qui lui permettent de payer son loyer dans un HLM et les études universitaires de son fils.

Puis, vient le mur de l'âge. Elle a beau poser sa candidature à des postes de vendeuse, d'aide ménagère, de secrétaire - c'est le silence.

Le temps file. Ses allocations de chômage s'épuisent. Elles sont remplacées par une «allocation de solidarité" de 500 euros par mois. C'est nettement en dessous du minimum vital.

«Pourtant, à 50 ans, on n'est pas vieux, on a de l'énergie, de l'expérience, et on ne risque plus de tomber en congé de maternité.» Nathalie Michaud ne comprend pas pourquoi, du jour au lendemain, les gens de son âge deviennent «bons à jeter à la poubelle».

Cas typique

La situation de Nathalie Michaud n'a rien d'exceptionnel, dit Sébastien Bompard, président d'une association de recruteurs, À compétence égale.

En France, ceux que l'on appelle «les seniors» font face à une montagne de préjugés. Ils sont perçus comme «moins dynamiques, moins souples, mal à l'aise avec les nouvelles technologies», déplore Sébastien Bompard.

Les employeurs qui font appel à ses services n'hésitent pas à dire qu'ils recherchent des candidats de 30 à 35 ans. Pourtant, ils n'oseraient pas choisir leurs employés sur la base de leur sexe ou de leurs origines. La discrimination fondée sur l'âge leur paraît «logique et légitime».

Avec le recul de l'âge de la retraite, des gens comme Nathalie Michaud ont encore pas loin de 15 ans de vie active à l'horizon. Or, avec la crise économique, les portes de l'emploi se referment de plus en plus devant eux.

Le taux de chômage des 50 ans et plus a bondi de 16,4% depuis un an. Alors que celui des jeunes a légèrement fléchi. Les "seniors" représentent 30% des chômeurs de longue durée. Leur taux d'emploi est de 40%.

Pour renverser ces statistiques, il faut changer les mentalités, dit Bertrand Havre, recruteur spécialisé dans les candidats "seniors".

Mais les préjugés ne tombent pas du ciel: les entreprises françaises ont été longtemps pénalisées financièrement lorsqu'elles congédiaient des employés de plus de 50 ans. Résultat: elles les congédiaient à 49 ans...

Depuis, cette pratique a été abandonnée. En 2009, le gouvernement a adopté un plan d'action pour l'emploi des seniors. Un nouveau «contrat de génération» doit entrer en vigueur cette année. Mais pour l'essentiel, ces mesures aident les "seniors" à garder leur emploi. Pas à en trouver un nouveau.

Devant ces difficultés, Nathalie Michaud vient d'accepter une formation d'assistante d'éducation. Une autre année à 500 euros par mois. Et après?

«Dans un an, j'aurai un an de plus. Si les patrons ne changent pas d'attitude, si la crise ne s'arrange pas, j'aurai perdu une autre année.»