Au lendemain de la collision entre deux trains régionaux lundi soir en Suisse romande, le non-respect d'une signalisation par un des conducteurs est la piste privilégiée par les enquêteurs qui ont déjà auditionné le conducteur du train qui a survécu à l'accident.

Agnes Pedrero et Nina Larson AGENCE FRANCE-PRESSE

«La thèse privilégiée par les enquêteurs est celle du non-respect de la signalisation lumineuse par le train en provenance de Payerne qui s'était arrêté en gare de Granges-près-Marnand», a déclaré mardi lors d'une conférence de presse Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police vaudoise, au lendemain de la collision frontale qui a fait un mort - le conducteur de l'autre train - et 25 blessés.

«Nous sommes bouleversés par cet accident», a déclaré le directeur général des Chemins de fer suisses (CFF), Andreas Meyer, qui a ajouté que les CFF n'avaient pas de «problème de sécurité majeur».

Plus de 40 passagers voyageaient dans les deux trains régionaux, mais le nombre exact reste incertain, selon la police.

Le procureur responsable du dossier a ouvert une enquête pénale, mais aucune responsabilité pénale n'a encore été établie.

Lundi, aux environs de 18h45 (12h45 EST), deux trains régionaux sont entrés en collision frontale à Granges-près-Marnand, un petit bourg d'un millier d'habitants situé dans la campagne, sur la ligne Palézieux-Payerne, au nord de Lausanne.

L'accident a eu lieu à environ 200 mètres de la gare, en direction de Lausanne.

La personne décédée est le conducteur du train qui provenait de Lausanne, un Français de 24 ans qui habitait Payerne.

Le corps du conducteur, resté piégé dans sa cabine de pilotage, n'a pu être dégagé qu'au milieu de la nuit, à 01h30 du matin, après un long travail de désincarcération, car sous la violence du choc, le train a «rétréci de 8 mètres», selon le porte-parole de la police.

D'ailleurs, la police «ne peut exclure qu'un passager décédé y soit resté bloqué». La rame va être transférée à Yverdon, dans un entrepôt, pour que les enquêteurs poursuivent leurs investigations.

Deux adultes et un enfant toujours hospitalisés

Selon Jocelyn Corniche, médecin-chef des secours, «deux adultes et un enfant» sont encore hospitalisés, mais leurs jours ne sont pas en danger.

Les passagers du train étaient tous de nationalité suisse, selon les policiers.

L'enquête, toujours en cours, a permis de déterminer que le conducteur du convoi venant de Payerne, un homme de 54 ans, a eu le temps d'actionner le frein d'urgence, et comme les procédures CFF le préconisent, de quitter la rame avant l'impact. Ce train roulait à environ 40 km/h, a indiqué M. Sauterel.

La vitesse du train qui venait de Lausanne n'a pas encore été déterminée.

M. Sauterel a par ailleurs indiqué que la sécurité était organisée par un employé des CFF présent dans la gare. Cette personne tout comme le conducteur qui a survécu à l'accident ont été entendus par les enquêteurs.

Peu avant la collision, le train venant de Payerne, composé de trois voitures, est arrivé en premier dans la gare de Granges-près-Marnand pour prendre et déposer des voyageurs.

Le train venant de Lausanne - un express régional composé de quatre voitures - est arrivé ensuite. Selon les règles en vigueur dans cette gare, le train provenant de Lausanne passe par la gare sans s'arrêter. Ce n'est qu'après que le train venant de Payerne peut redémarrer, lorsqu'une signalisation lumineuse l'autorise.

Dans la zone où l'accident est survenu, il n'y qu'une voie ferrée de circulation, et les trains ne peuvent se croiser qu'à des points fixes bien déterminés, comme les gares.

Lundi, le train venant de Payerne a redémarré avant le passage dans la gare de Granges-près-Marnand du train venant de Lausanne, sans que les enquêteurs ne sachent vraiment ce qui s'est passé.

Selon le chef des infrastructures des CFF, Philippe Gauderon, le système de signalisation installé à la gare de Granges-près-Marnand a été installé il y a une dizaine d'années et fonctionne quatre fois par jour. M. Gauderon a également précisé que les installations avaient été contrôlées en février et la voie et l'aiguillage en juin.

Cette collision survient après trois autres accidents graves de transports en Europe: le déraillement d'un train français le 12 juillet près de Paris (sept morts), le déraillement d'un train espagnol le 24 juillet près de Saint-Jacques-de-Compostelle (79 morts) et l'accident d'un autocar italien le 28 juillet dans la région de Naples (38 morts).

En Suisse, la dernière collision de trains a eu lieu en janvier 2013 à Neuhausen, au nord de Zurich. 25 personnes avaient été légèrement blessées dans cette collision, due au non-respect d'un signal.

Selon M. Meyer, le système européen ETCS2 (European Train Control System) serait nécessaire pour assurer un haut niveau de sécurité ferroviaire en Suisse. Il faudrait au moins 10 ans pour l'introduire en Suisse, ainsi que deux milliards de francs suisses (1,6 milliard d'euros) d'investissements.