Le chef du gouvernement italien Enrico Letta a demandé lundi au chef de la Ligue du Nord de mettre fin aux attaques racistes venant de ce parti, après de nouvelles insultes ce week-end contre Cécile Kyenge, première ministre noire de l'histoire de l'Italie.

Publié le 15 juill. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est une page honteuse de notre histoire», a déclaré M. Letta devant la presse au sujet des propos tenus samedi par un des dirigeants de la Ligue Roberto Calderoli, qui a comparé Mme Kyenge à un orang-outan.

«Je lance un appel à (Roberto) Maroni (le chef de la Ligue du nord, NDLR) pour qu'il referme le plus vite possible cette page», a déclaré M. Letta, en soulignant le rôle institutionnel de M. Maroni, président de la région Lombardie.

M. Letta a parlé de «honte pour le pays» soulignant que l'affaire a fait la Une de la presse étrangère.

Mais après une réunion de la direction politique de la Ligue, M. Maroni s'est contenté de poster un message sur Facebook jugeant suffisantes les excuses de M. Calderoli.

«Calderoli s'est trompé, il a reconnu son erreur et s'est excusé», a écrit M. Maroni en disant «basta (assez) aux polémiques et aux manipulations».

La Ligue a même semblé vouloir surenchérir: «après avoir pris acte des excuses de Roberto Calderoli sur le cas Kyenge, le secrétariat de la Ligue a décidé de donner encore plus de force à son initiative politique en organisant une manifestation sur la légalité et la lutte contre l'immigration clandestine le 7 septembre à Turin», a-t-elle indiqué dans un communiqué officiel.

Toute la journée, la polémique s'est poursuivie avec de nombreux appels à la démission de M. Calderoli, qui est vice-président du Sénat et a minimisé l'épisode comme une plaisanterie, affirmant comparer tous les ministres à des animaux, notamment M. Letta à un héron.

L'organisation de défense des droits Articolo 21 a annoncé avoir recueilli «en un jour» 90 000 signatures (sur le site www.change.org) demandant la démission immédiate de Calderoli.

Le sénateur Calderoli, déjà connu pour ses déclarations polémiques, avait déclaré samedi lors d'une réunion de la Ligue du nord près de Bergame (Lombardie) : Cecile Kyenge «fait bien d'être ministre, mais peut-être devrait-elle le faire dans son pays (...) J'aime les animaux (...), mais quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m'empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outan, même si je ne dis pas qu'elle en soit un».

Selon le juriste Gianluigi Pellegrino, «les insultes dont a été l'objet la ministre Kyenge configurent le délit d'incitation au racisme et le parquet devrait ouvrir des poursuites pour ce motif».

Pour sa part, Mme Kyenge, ministre de l'Intégration originaire de l'ex-Zaïre (RDC), a exclu d'entreprendre une action légale contre M. Calderoli, expliquant que «ce n'est pas une affaire personnelle» et refusant de «descendre au même niveau» que le vice-président du Sénat.