Après le départ à la retraite de Benoît XVI, les Italiens verront-ils celui de Silvio Berlusconi? Il s'est battu avec l'énergie d'un jeune premier lors d'une course électorale passionnante. Pas assez, semble-t-il, pour devancer le Parti démocrate dans les intentions de vote alors que les élections se déroulent demain et lundi. Mais gare à ceux qui annonceraient - encore - sa fin politique trop vite: celui qu'on surnomme «la momie» a ressuscité plus de fois que le Seigneur de l'Église catholique.

Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Mercredi midi, à l'hôpital romain San Gallicano, dans l'est de la capitale. Une vingtaine de carabinieri montent la garde devant les grilles. À l'intérieur, une cohue de caméramen, d'employés en chemises blanches et de badauds se dispute des centimètres carrés dans une petite salle.

La raison? À cinq jours des élections, Silvio Berlusconi s'apprête à écouter les doléances de la direction de l'établissement, où 30 % des lits ont été fermés à la suite des coupes budgétaires du gouvernement technique de Mario Monti.

Avec ses cheveux fraîchement colorés, son air figé par les chirurgies plastiques et une surenchère de fond de teint, l'ancien premier ministre semble sortir d'un musée de cire.

Il revient toutefois à la vie lorsqu'il réitère ses promesses populistes. La clé de voûte de son programme électoral est le remboursement des cotisations de 2012 de la taxe d'habitation IMU, très impopulaire.

«Cette taxe à elle seule fait des ravages dans l'économie, explique-t-il sous le regard vigilant d'une dizaine de ses sbires. À cause d'elle, les familles consomment moins, ce qui aggrave la récession», la pire depuis 20 ans en Italie.

Promesses ou duperies?

Le Cavaliere n'a pas lésiné sur les subterfuges pour faire mousser sa campagne: des fiançailles avec une femme de 28 ans, Francesca Pascale; l'acquision du footballeur-étoile Mario Balotelli pour son équipe AC Milan; des déclarations nationalistes - dont des louanges envers l'ancien dictateur fasciste Benito Mussolini.

Et mercredi dernier, le politicien de 76 ans, qui dispute sa 6e campagne en 20 ans, a réalisé un coup de maître: l'envoi d'un faux formulaire de remboursement à neuf millions d'électeurs avec l'entête «Avis important: Remboursement de la taxe IMU de 2012.» Furieux, ses rivaux l'ont immédiatement accusé d'acheter des votes.

«C'est un tricheur», s'est emporté le favori des sondages, le chef du Parti démocrate Pier Luigi Bersani, qui a une faible avance de six points sur Berlusconi et le Parti du peuple de la liberté (PdL).

Les admirateurs du baron de presse n'en pensent pas autant. «Il a déjà tenu ses promesses par le passé, dit Sebastiana Monitto, 73 ans. Il a raison de vouloir baisser le coût de la vie, nous payons trop d'impôt.»

Le vieux renard a mené une campagne extraordinaire qui a fait gagner 14 points à son parti, croit le politologue James Walston. «Sa drogue préférée est son amour-propre: il brille sous les projecteurs», dit le professeur de l'Université américaine à Rome.

L'autre surprise de la course est l'avance irréductible du démocrate Bersani, dont le parti était crédité de 34% avant l'embargo sur les sondages en place depuis deux semaines. Ses discours sobres ont peu enflammé les foules et la presse italienne.

«Son principal atout, c'est qu'il n'est pas Berlusconi», résume James Walston en entrevue. Toutefois, sa proximité avec Mario Monti, avec qui il pourrait former un gouvernement de coalition partisan de la rigueur budgétaire (avec Monti comme ministre des Finances), a peut-être éloigné des électeurs.

Abstention

En l'absence de sondages et avec environ 25 % d'indécis, Berlusconi peut toujours créer la surprise aux élections des 24 et 25 février. Un scénario que craignent les dirigeants de la zone euro compte tenu de la dette exorbitante de l'Italie.

La seule certitude de l'issue du scrutin est le taux d'abstention qui sera élevé, particulièrement chez les jeunes. Comme Alessandra Scirdi, comédienne âgée de 26 ans, il risque d'être nombreux à ne pas aller voter. Même le mouvement protestataire de l'ancien humoriste Beppe Grillo n'aura pas son vote.

«Beppe Grillo est un bon acteur, sans plus, dit la jeune femme. La vérité est que l'Italie ne changera pas tant que les électeurs accepteront de vivre dans une fausse démocratie.»

***

Le peloton de tête

Pier Luigi Bersani: la force tranquille

Regard d'acier, cigare au bec, Pier Luigi Bersani est aux antipodes de Silvio Berlusconi. Le chef du Parti démocrate, grand favori de la course, préfère les bains de foule aux plateaux de télévision. Fils de pompiste, bachelier en philosophie, l'élection de l'homme de 61 ans serait l'aboutissement de près de 40 ans de vie politique. Ancien du Parti communiste, le gauchiste pragmatique prône une libéralisation modérée de l'économie.

Intentions de vote: 34 %

Silvio Berlusconi : le vieux Casanova

Amateur de femmes et de blagues douteuses, l'homme d'affaires, dont la fortune personnelle est estimée à six milliards de dollars, a un passé trouble qui lui a valu des dizaines de procès. Il aurait bâti son empire grâce à la mafia dans les années 70, selon des enquêteurs et des membres de la pègre. Ses détracteurs l'accusent d'être entré en politique pour profiter de l'immunité judiciaire. Un verdict de culpabilité dans une affaire de fraude en octobre dernier a précipité son retour à la tête du Parti du peuple de la liberté.

Intentions de vote: 28 %

Beppe Grillo : le révolutionnaire

À en croire l'humoriste engagé Beppe Grillo, le Parlement italien est une usine à pots-de-vin. Son Mouvement 5 étoiles est né en 2007 à la suite de l'immense succès du jour Vaffancoulo («Allez vous faire foutre»), un doigt d'honneur collectif aux politiciens corrompus auquel avaient participé deux millions de personnes. Il est connu du grand public depuis 30 ans et sa notoriété rejaillit sur son parti, dont le programme prévoit l'abolition des syndicats et un référendum sur l'euro, entre autres mesures radicales.

Intentions de vote: 16 %

Mario Monti: le professeur

«Je suis un économiste, pas un politicien», annonce d'entrée de jeu Mario Monti lorsqu'il est appelé à sauver l'Italie du gouffre financier, en novembre 2011. Alors président de la prestigieuse Université Bocconi, à Milan, il espère que les partis laisseront les mains libres à son gouvernement technique. La période de grâce n'a duré qu'un an. L'ancien commissaire européen à la Concurrence, à la traîne dans les sondages, se dit dans la course pour terminer ses réformes économiques.

Intentions de vote: 14 %