Le président arménien sortant Serge Sarkissian est donné gagnant, selon un sondage à la sortie des bureaux de vote, à l'issue d'un scrutin-test pour la démocratie dans cette ex-république soviétique du Caucase, mais dénoncé comme frauduleux par ses adversaires.

Mariam HAROUTIOUNIAN AGENCE FRANCE-PRESSE

M. Sarkissian, 59 ans, a obtenu 58 % des voix et son principal rival, l'ex-ministre des Affaires étrangères Raffi Hovannissian, 54 ans, 32 %, d'après le sondage de l'institut Gallup.

Un ex-premier ministre, Hrant Bagratian, et l'ancien dissident soviétique Parouïr Haïrikian n'obtiennent chacun que 3 % des voix.

Le taux de participation a atteint 60,05 %, a annoncé la commission électorale centrale qui a promis les premiers résultats officiels pour dans la nuit de lundi à mardi.

«Cela a été la meilleure élection dans l'histoire de l'Arménie indépendante. Elle montre que les processus démocratiques sont irréversibles», a assuré Édouard Charmazanov, porte-parole du Parti républicain de Serge Sarkissian.

«Sarkissian est le seul favori», a-t-il ajouté.

Le porte-parole de M. Hovannissian, Hovser Hourchoudian, a pour sa part dénoncé un scrutin «honteux marqué par une quantité énorme de fraudes».

Il a appelé à une manifestation mardi après-midi.

«Nous avons reçu vers 18 h des centaines de messages concernant les violations massives du code électoral comme le bourrage d'urnes, l'intimidation et l'achat de votes», selon un communiqué diffusé par l'état-major électoral de M. Hovannissian.

M. Bagratian a aussi déploré des «infractions massives», soulignant qu'il n'excluait «pas des actions de protestation après le vote».

La police arménienne a rejeté ces accusations, les qualifiant d'«inventions manifestes».

Les observateurs de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) doivent donner mardi à 7 h leur bilan de ce scrutin.

La campagne électorale a été assombrie par une attaque contre M. Haïrikian, blessé par balle à l'épaule le 31 janvier, et la grève de la faim d'un autre candidat.

Trois des principales forces d'opposition, qui disposent de 48 des 131 sièges au Parlement, ont refusé de participer à cette élection.

«J'ai voté pour l'avenir de l'Arménie, pour le bien-être de nos concitoyens et de nos familles», a déclaré M. Sarkissian après avoir déposé son bulletin dans l'urne.

Les autorités espèrent que le calme prévaudra, afin de pouvoir améliorer les perspectives d'intégration européenne de ce petit pays enclavé du Caucase du Sud, peuplé de trois millions d'habitants, et qui ne dispose pas de ressources en hydrocarbures contrairement à ses voisins.

En 2008, sa victoire à la présidentielle, contestée par l'opposition, avait déclenché des manifestations qui avaient dégénéré en affrontements après l'intervention de la police, faisant 10 morts.

Vazguen Akobian, un charpentier de 53 ans, a voté pour le président sortant. «Il a des nerfs d'acier et, en tant que chef de l'armée, il peut prendre de bonnes décisions», estime-t-il.

Siranouch Mnatsmkanian, 67 ans, considère en revanche que son pays a besoin d'un dirigeant d'un «nouveau type» comme M. Hovannissian : «Il est né et grandi aux États-Unis, il a une mentalité occidentale, il a promis de combattre la corruption».

Les problèmes économiques de l'Arménie, confrontée à un important chômage et à la corruption, ont été au centre des débats électoraux.

Selon la Banque mondiale, 36 % des Arméniens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ces deux dernières décennies, environ un million d'Arméniens ont quitté leur pays pour fuir le chômage et chercher de meilleures perspectives d'avenir à l'étranger.

D'autant plus que le pays souffre de la fermeture de ses frontières avec l'Azerbaïdjan et la Turquie.

Bakou et Erevan se disputent le contrôle du Nagorny-Karabakh, une région sécessionniste azerbaïdjanaise contrôlée de facto par les Arméniens après une guerre qui a fait 30 000 morts entre 1988 et 1994.

Par ailleurs, la Turquie et l'Arménie sont divisées sur la question du génocide arménien sous l'Empire ottoman (1915-1917), les autorités turques récusant le terme de génocide.